Je marche en me disant qu'il fait vraiment très chaud, et pour la première fois je me rends compte que nous somme vraiment en été. Je lève un peu la tête et ferme les yeux pour profiter un peu mieux de la chaleur de Râ. Maggie m'avait donné rendez-vous à l'hôtel Raphaël une semaine auparavant. Par e-mail, je n'avais jamais osé me servir du numéro de téléphone qu'elle m'avait donné à moi, cet inconnu. Les américains sont comme ça, ils doivent se dire que les gens de Paris sont forcément des gens bien, puisqu'ils ne sortent pas de chez eux sans avoir consciencieusement pensé à la façon dont ils sont habillés. en tous cas elle était comme ça, elle.
J'arrive doucement devant l'hôtel, et cet homme habillé de rouge m'ouvre la porte. Je me sens soudain un peu nerveux, et je me dis que je vais enfin la rencontrer. Sans trop y croire. Mais quand même un peu.
"Bonjour, je viens voir Mademoiselle Gyllenhaal, elle a du vous prévenir de mon arrivée ?
- tout à fait Monsieur, elle vous attend dans sa chambre, je me charge de vous faire accompagner..."
Sa chambre ? SA CHAMBRE ???!!! J'ai à peine le temps de paniquer, qu'un ridicule bonhomme sort de l'ascenseur et me souris à pleines dents, avec toutes les formules d'usage qui vont bien. Il m'invite à le suivre. Plutôt deux fois qu'une, buddy...
Nous montons jusqu'au dernier, et je sors le premier de la cage (je hais les ascenseurs), sans même me soucier d'une quelconque marque de politesse. Le petit bonhomme me dit que c'est la chambre 612, et disparaît rapidement derrière les portes qui se ferment. J'ai juste le temps d'apercevoir son sourire rassurant.
Je suis devant la porte 612 et une douce musique qui ne m'est pas inconnue s'échappe sous la porte. Les kings of convenience, je l'entends fredonner. Je frappe assez fort pour être entendu, et la musique s'estompe presque au même moment. J'entends courir, et je n'ai pas le temps d'analyser ce qui se passe que la porte s'ouvre.
Je ne vois que ce gigantesque sourire qui m'emporte le mien jusqu'aux oreilles, et d'un geste militaire, je lui tends une main glaciale, la plus maladroite de ma carrière de 2nde classe maladroit. "Hi Maggie...
- Noooooooooooooo (dit elle), nous sommes à le Paris, il faut faire les choses de le Paris, je veux te l'embrasser le visage, c'est comme ça que les gens parisienne le font, non ?"
Puis elle se jette sur moi, et me claque la bise comme le premier des poulbots de la butte.
"- I'm so glad you came, Cyril, come on in, We gotta lot of things to tell each other, at last !"
Je la suis volontiers, elle me traîne dans la plus grande et prétentieuse chambre d'hôtel aux murs blancs que j'ai jamais vu. Je lui parle de la musique et elle ne me croit pas quand je lui avoue que je suis assez fan des kings. Elle me raconte sa rencontre avec eux et n'a de cesse d'utiliser des tas de superlatifs qui feraient bien honneur aux norvégiens s'ils les entendaient. Son discours s'entrecoupe de petits silences ou elle glisse un "je suis tellement content de ta voir" dans un français délicieux. Cette robe lui va à ravir, tant et si bien que je ne peux me rappeler de sa couleur. Elle est pieds nus, et m'installe dans le prétentieux canapé en me tendant un verre prétentieux en me demandant ce que je veux boire. Elle me dit qu'elle s'emmerde à mourir dans cet hôtel, et qu'elle ne tournera pas avant demain, que le type qui l'a engagé ne sait pas ce qu'il fait et qu'elle se demande vraiment pourquoi elle a accepté. Elle inonde la prétentieuse (mais épaisse, néanmoins) moquette et éclate de rire, en ajoutant qu'il faut vraiment être dingue pour mettre de la moquette si épaisse dans un endroit fait pour boire et manger...
Je lui demande des tas de choses, si la vie à New York ne lui fait pas regretter celle de LA. En amoureuse des livres, elle préfère évidemment les bibliothèques de New York que les salles de sport de LA. Elle me dit que c'est son père qui l'a poussé a partir étudier à New York, et que si elle quittait un jour cette ville, ce serait pour Londres... "Ou Paris, si la tour Eiffel arrive à bien m'aimer".
Sa famille lui manque, elle ne la verra sans doute pas avant thanksgiving. Elle s'ennuie à mourir ici, dans cette chambre me dit-elle sans cesse. "Je n'arrive pas à croire que je suis à Paris et que je suis coincé dans cette chambre. Heureusement que tu as pu venir, j'étais tellement excitée de pouvoir te rencontrer". Excitée, elle ? C'est un cadeau en or qu'elle me fait, et je ne sais par quelle idiotie inconsciente, je lui dis que c'est un peu pareil pour moi, et qu'elle fait sans doute partie de mes amours secrètes les plus tenaces. Elle rit à tue-tête en me disant que je suis gentil, et que je venais de réaliser un de ces fantasmes les plus tenaces à son tour : recevoir une déclaration d'un français... Je ris jaune en me rendant compte de ce que je viens de dire, elle rit de plus belle en se précipitant sur moi pour m'honorer cette fois d'un typique hug américain, qui me fait perdre tout mon souffle, ma conscience, ma pudeur. Elle réussit à me mettre à l'aise, et je n'en sortirais pas indemne. Je tente un "I don't know what I can save you from, mon morceau préféré" qui n'a pour effet que de lui faire me serrer un peu plus fort
A ce moment là, alors que j'allais lui demander si je pouvais la prendre en photo, elle s'écarte, ouvre des yeux immenses, et me coupe dans mon élan en pointant du doigt, la bouche en O, mon appareil photo. "Let's make pictures together, in this very expansive suite, it'll be funny, we'll makes faces like kids do". J'ai bien envie de lui dire que j'ai moyennement envie d'être sur les clichés, mais je crois à vrai dire que je n'ai guère le choix. Les duo-toportaits se succèdent, avec les plus beaux tirages de langue, les plus beaux doigts dans la bouche et les plus beaux fous rire qu'il m'ait été donné de voir en photo. cette fille est folle. Juste folle. Je réussis quand même, dans un moment d'absence, à lui clicher son visage. Elle s'interrompt en enlevant la charlotte imprimée du logo de l'hôtel de sa tête, et me dit, de la façon la plus sérieuse du monde : "J'emmerde le metteur en scène ! Emmène-moi voir Paris, fais moi découvrir ton meilleur endroit pour manger du fromage, nous n'avons pas le temps de rester dans cette chambre, je ne connais pas Paris et je repars demain..."
Je la regarde, et je n'ai évidemment pas le choix, si ce n'est celui que de me rappeler la date de construction de la tour Eiffel. Mais même sous la torture, je n'aurai pu dire non à cette délicieuse malade. Elle me dit que Jake sera furieux quand il apprendra que sa soeur a de nouveau désertée un plateau, et qu'il l'engueulera comme quand elle avait 12 ans et qu'elle se planquait toute la journée, alors que lui n'en avait que 9 et la cherchait partout pour jouer aux soldats. Elle me dit qu'elle s'en fout. Elle me prend la main et ne la lâchera pas de si tôt. Avec un peu de chance, je pourrais peut-être même -entre le Panthéon et la rue Saint Michel- lui demander de m'épouser, et au mieux, lui réclamer 6 enfants. Ou 8.
Passée la grande porte du hall de l'hôtel, son facétieux sourire me fera la conversation. Elle écoutera tous mes anachronismes sur le grand palais, mes idioties sur la supposée homosexualité du vice roi d'égypte qui a offert a louis XV l'obélisque de la place de la concorde en gage de fidélité et de dévouement sexuel au roi français, et ne se plaindra même pas de l'inexactitude de mon propos de parisien inculte. Elle est fantastique Maggie. je me trompe rarement sur mes amours secrètes.