Samedi, 16h40. Je rentre dans cette grande surface surpeuplée, des écouteurs dans les oreilles et le son au maximum. Je n'entendrai pas la rumeur des clients, les offres ventes flash et la musique d'ascenceur.
Il est impossible de faire plus de 3 pas en ligne droite.
Il y a toujours un noeud, là, devant ou que je me trouve.
Ils s'arrêtent sans raison, ou pour goûter le saucisson, ou pour raconter leur semaine à la voisine qui fait ses courses au même endroit, ou juste pour rien.
Les néons tuent mes yeux, et j'erre dans les rayons sans vraiment trouver ce que je cherche. Je vois certaines personnes qui sourient franchement, d'autres qui revendiquent le point levé, les derniers qui poussent leur chariot avec une fierté digne de celle d'un empereur romain.
On jurerait même que certains ont sorti leurs habits du dimanche pour venir ici. c'est flippant. c'est la grande messe des courses alimentaires du samedi. J'en vois même qui draguent au rayon biscuits secs.

Tout cela commence à m'étourdir, et j'ai l'impression de tourner en rond, un peu comme un rat en cage. Comment peuvent ils sourire ? Parce que c'est leur raison d'être, de venir dépenser leur salaire a grand renfort de rillettes et de swiffers ? Je ne comprends pas mais je m'interroge, alors que je me fais la reflexion que c'est pile poil la dixième fois qu'on m'écrase l'orteil droit, lourdement. Bizarrement c'est la jungle, il n'y a pas vraiment de sens de circulation. Les conducteurs de caddies sont les rois. On les respecte. et plus le caddie est plein, plus il impose sa force en tête de gondole...
J'ai chaud, si chaud que j'aimerais me trouver devant les bacs a surgelés... Mais je n'ai rien à y faire. Je tente un autre chemin pour ne pas repasser une quinzième fois devant le même endroit et je me retrouve du coté des caisses : Je n'en crois pas mes yeux, mais aux caisses, il y a la télé. Pour remplir les temps de cerveaux disponibles sans doute, à moins que ce ne soit pour abrutir un peu plus les courageuses hôtesses de caisse.

Je ne trouve pas ce que je suis venu chercher, et la folie monte en moi. Mon pas se fait plus pressant, je n'arrive plus à me détourner des marques qui me sautent en pleine face... Il n'y que des personnes énormes autour de moi et tout tourne, je n'arrive plus à bouger. Une hôtesse qui s'adresse à moi parle sans lâcher de mots, et je me retourne pour ne pas avoir à subir la folie qui m'entoure. Ce supermarché me ramène à ma vie, et ses lumières qui m'aveuglent. Ces gens qui me bousculent sans prendre le temps de me considérer. Ces promotions sur les sentiments, et ses achats coup de coeur, par paquet de 4 uniquement. 1h de folie et de frénésie, de désirs et d'envies, pour tout effacer et laisser le tourment derrière soi une fois la caisse passée. Le ticket de caisse salvateur comme un bilan et un témoin de ce gâchis permanent.
Il est déjà bien trop tard : je lève la tête vers les faux plafonds, et j'avance vers la sortie, sans savoir ou elle se trouve. Je me rends compte alors, que pour toujours, je suis une âme perdue.