Monologue.
Par Dale Coooper
J'ai perdu un sacré paquet de choses cette année. Pas toujours facile de perdre, surtout ce à quoi on tient. C'est même super dur. Je pense que je n'avais jamais perdu autant en si peu de temps. Je n'aime pas me retourner généralement, mais là c'est juste histoire de.
histoire de laisser un petit caillou blanc sur cette année là.
Petit le caillou, faudrait pas non plus buter dessus tous les 15 jours.
Mais c'est dur.
C'est dur parce que c'est raser d'une seconde tant d'année d'effort et de projets. Il faut réussir ensuite à se vider la tête de tout ce qui ne pourra plus se faire. Un long processus.
Avancer il faut avancer. Cette année, j'ai beaucoup perdu.
La première perte, parcequ'il le fallait, parcequ'il était temps, avant de tout perdre, de tout gâcher, de tout casser, de tout briser à jamais. Un bien pour un mal. Un choix, pas évident, un mal nécessaire.
La seconde perte, elle, est due à la connerie. A l'aveuglement. Au refus, à l'empirisme. Elle est donc d'autant plus injuste, parce qu'insupportable, parce que non justifiée. J'ai appris alors que l'aveuglement peut être total, irréversible, non raisonnable, inacceptable. Une folie comme seuls les humains savent la mettre en place, dans les cris, les mesquineries, les vengeances. Cette perte là, elle est trop violente pour réussir à la gérer. Alors je l'ai enterrée, aux oubliettes, au plus profond, blindée. Oui, il faut oublier.
Enfin, la dernière perte, c'est moi. Je me suis perdu, tout seul, sur le chemin tracé devant moi, à quelques mètres. Je ne sais plus bien ou je suis, ce que je dois faire. Je n'ai plus de repères, plus rien ou m'accrocher. A quoi bon fêter la fin d'une année et le début d'une autre, si c'est pour soi-même se sentir paumé ? mmm ? Moi je me demande.
2008, l'année du flottement.
Je flotte, je suis là, je me regarde flotter, les jours tournent, les semaines passent, les mois coulent.
Je ne vais ni vers le haut, ni vers le bas.
Je flotte.
En zone humide, avec les loutres.
C'est ça qu'il me faut sans doute, un plaisir simple, intense, pur, genre nager avec des dauphins. Ou adopter un gosse. re-partir voir les enfants à l'hôpital. Mmm.
Il faut redonner un sens à toutes ces choses perdues. Une justification, pour qu'elles ne soient pas vaines.
Je flotte, en zone humide avec les loutres.