Ce que ces gens qui croient tout savoir m'ennuient. Me fatiguent. Et finissent par m'indifférer. Les proches comme les lointains, les autres qui parlent et qui s'écoutent parler, ceux qui font d'une seconde une minute, une heure d'une minute, un théorème d'une exception. Sans doute que dans mon dos s'élaborent de grandes théories. Sans doute que d'hypothétiques choses suggérées deviennent des modèles grandeur nature. Les amis le sauront, la famille le saura un jour ou l'autre, et le psy aura sa version. Tout le monde en aura pour son grade. Qui sont ces gens qui élargissent le moindre détail pour combler la petitesse de leur réflexion ? J'ai peine à comprendre. C'est le fantasme du mythe, la bénédiction de l'histoire dont on aura construit soi même le dénouement. Est-ce par peur qu'on trouve un cheveu et qu'on conclue à l'adultère ? Est-ce par masochisme assumé qu'on se torture l'esprit avec ses vérités fabriquées et son empirisme ignoré, au lieu d'écouter les mots, de voir les raisons ? Est-ce pour chercher le soutien et l'approbation de l'autre que les histoires se font plus moches et sordides à chaque fois qu'on les raconte ?
Les histoires d'amour sont comme ça. Les théories fusent sur celui qui n'est plus là. Les plaintes ne cessent d'empirer à mesure qu'on reconstruit l'histoire. L'absent n'est plus bon à rien. A l'amour on laisse la noirceur envahir l'espace de nos souvenirs. A la copie originale on préfère le plagiat, celui avec un mauvais son, de mauvais mots, un mauvais écho.
Aujourd'hui je sais que je suis l'ignoble, le traître, l'inconscient, l'ignorant.
Et si ce n'est aujourd'hui, ce sera demain.
Et si ce n'est d'elle, je l'apprendrai d'une autre.