+ Afficher le menu

Daengue...

Il s'apelle comme ça, parceque ça veut dire rouge dans sa langue natale, et parce que c'est la seule chose qu'il sache dire correctement; sinon il s'exprime par symbole, j'arrive pas toujours à comprendre ce qu'il veut... Anyway, je l'aime déjà, et il est tout calme, j'ai plaisir à le regarder durnat de longs week ends de 4 jours. Je lui ai collé une photo d'Angelina Jolie derrière son bocal, puisqu'apparemment il la trouve hot. Welcome home.



Texte exorciste sur ma haine du commercial.

Imaginez, 2h30 du matin au milieu de la nuit la plus chaude de juin : il se réveille sans raison et regarde sa montre dans la lueur de la lune. Sa bouche est aussi sèche que ses yeux alors qu'il se bat pour se lever, et il s'arrête de contempler les cuisses de sa femme pour reboutonner son haut de pyjama. Il trouve ses chaussons là où il les a laissés sous la chaise derrière 2 mugs et une vielle édition de Marie Claire, et déambule hors de la chambre. Il appuie sur le bouton "on" de la machine à café, qui - bien-sûr - fonctionne à merveille. Il surprend son reflet dans l'éclat stainless steel de l'engin, et c'est un visage qu'il connait bien, malgré qu'il dût paraître moins maltraité, surtout avec ces hydratants et tous ces produits pour la peau dont il a deja usé et abusé. Il traverse la cuisine, -un hommage à l'inventeur du métal brossé- sur le nouveau revêtement de sol en pin en plastique, mais qui fait illusion, dépasse dans le salon sa télé plasma avec écran cinéma et le son surround, et s'arrête à son endroit favori près de la fenêtre. Il regarde en bas, sur la rue éclairée d'orange au coin de son parking privé, où son audi TT l'attend en sécurité dans la pénombre... Il garde tout à l'interieur, mais s'il pouvait, il raconterait tout, quitte à perdre son train de vie idéal...
A ce moment il peut entendre le carillon tinter au vent sur le balcon, et son téléphone beepe sur la même note pour lui signaler un sms. Il Vérifie, et c'est Jill, celle qui était jadis sa secrétaire, avant qu'ils ne se lancent dans une liaison et que le tout devienne vraiment flippant. Aujourd'hui sa femme Mary est lasse de tous ses mensonges, comme si elle avait lu toute cette histoire sordide dans ses yeux des milliers de fois. Et puis le fait qu'il lise maintenant que Jill soit en retard de 2 semaines n'aide en rien son affaire, et son état mental commence vraiment à se gâter (ndlr :dégénérer, s'avilir, se corrompre, se dégrader, se pervertir, déchoir, décliner, dépérir, diminuer, s'affaiblir, s'étioler, se faner, péricliter, s'anémier, s'atrophier, s'altérer, empirer, s'envenimer, s'aggraver, se gâter, moisir, s'abîmer, s'assombrir, se brouiller, pourrir, croupir, se décomposer, se faisander, se dénaturer, se putréfier, se vicier, rancir, se gangrener, se nécroser, s'avarier, souffrir, je n'ai pu choisir).... Il n'a jamais vraiment su comment il a pu s'éloigner autant des ornières qu'il avait lui même creusé, ou même pourquoi il est aujourd'hui encore plus cassé que toutes ces promesses qu'il a voulu tenir un jour.
Et ça fait des lustres qu'il n'a pas dormi. Correctement tout du moins, ses sommeils étant toujours interrompus par ses rêves d'activités extra-maritales. Il essaye néanmoins de retrouver le ravissement dont il jouissait au milieu de ses aquisitions matérielles, et ses sessions interminables de psychothérapies au détail... Mais en vérité, il aurait mieux fait de bien écouter ce que son père lui a dit avant de mourir : "les meilleurs choses dans la vie sont celles que tu ne peux pas acheter mon garçon..."
Dire qu'avant il se sentait si protégé dans son tombeau sponsorisé par Ikea, si loin des cris, des loubards et des filles à la moue surpeinte, des folles en costumes et des gosses dans leurs nikes fraiches sorties de leur boite qui balancent des cailloux sur les maison de la rue d'en face, sur leurs vtt tout rouillés...
Il est tombé là, s'est jeté sans un bruit, sans un cri, droit comme un i, fier et con comme son titre sur sa carte de visite, désabusé mais enfin maître de son destin pour la première fois depuis ces 8 derniers mois.
Strategic.
Sales.
Executive.
Business.
Manager.
Bullshit.
Dead.

C



Plus les hommes seront éclairés....

... Plus ils seront libres



Une saison au jardin des Tuileries

Je crois qu'on pourrait ne pas se voir pendant des décennies Maggie et moi, qu'on se retrouverait toujours au même endroit: là ou on s'est quitté la dernière fois. Il n'y a pas vraiment de point de suspensions entre deux de nos rencontres. Un sourire, puis un point la fois d'avant, une majuscule et une porte qui s'ouvre la fois d'après.
Cette fois-ci c'était la porte d'un taxi garé n'importe comment au bout de la rue de Rivoli, sous une nuée de klaxons assourdissants. Elle sourit, bien-sûr, ce depuis qu'elle m'a aperçu les mains dans les poches a coté de l'arrêt de métro Tuileries...
Elle sort de la Mercedes et trimballe comme à son habitude un sac de 45 litres et autant de kilos. elle se jette sur moi et son sac sur le trottoir. Je ne me fais pas à ses hugs presque violents, mais violently happy. Et si salvateurs. elle me sert fort, presqu'aussi fort que moi la bougresse. elle n'a que peu de temps comme souvent, mais je sais qu'elle dit ca pour se donner de l'importance alors qu'elle n'en a point besoin.

"direction les touileries" me dit-elle tout juste après m'avoir laché. Ca tombe bien, le touileries ne sont pas loin. Comme elle a des yeux partout, elle me dit qu'il ne pleuvera pas alors qu'elle m'entrinae derrière elle et que j'ai les yeux fixés au ciel.
Elle choisira le banc le plus improbable, le plus exposé aux courants d'air, le plus sale, et le moins confortable. Elle ne fait pas vraiment exprès, et je ne l'en blâme même pas.

On parle de tout trop vite, mais attentivement. Son sourire la trahit quand je lui parle de choses graves, je crois qu'elle est contente de me voir. Et j'ai tellement besoin de cela.
On ne dirait pas qu'elle est maman. surtout pas lorsqu'elle sort un paquet de popcorn Orville Redenbacher's au cheddar de son sac ou je pourrais presque siester.

"on s'en fout plein les mains et on a les doigts qui puent le cheddar après, mais ce sont vraiment mes préférés !!!"

Elle me ferait manger n'importe quoi je crois bien, si ce n'était pour l'entendre encore et encore me parler de sa vie. Oh rien de vraiment passionnant, mais je n'ai jamais vu une vie qui semble si choisie. Elle ne subit rien, ni ses ruptures, ni ses échecs, ni ses demis-succès. Elle préfère assurément choisir de manquer un rendez vous important, que de...

"Mais changeons de sujet tu ne me dis rien sur toi !"

"tu m'as manqué" lui dis-je, en éspérant que cela va la satisfaire, mais sans vraiment y croire. Elle insiste en souriant, j'aurais pu m'en douter, et j'ai un peu de mal à savoir quoi lui dire lorsqu'elle mange les popcorns par 6 en en laissant systématiquement tomber un au sol.

"Je ne sais pas quoi te dire, je fais mon boulot comme un zombie, j'ai un peu du mal a dormir la nuit, je grossis à vue d'oeil, je l'aime mais elle, je ne suis pas sûr, et je ne baise même plus assez pour savoir si je suis heureux..."

Elle s'interrompt, s'interloque, fait de grands gestes et finit innévitablement par virer ses pop corns au grand bonheur des pigeons :

"But it sux big time !!! It sux big time, it really sux ! why are you telling me this !!??"

Je hausse les épaules, lui souris, et remet mes mains dans mes poches.
Elle se lève en soupirant, et vient s'adosser à moi, de l'autre coté du banc. Elle soupire encore, une ou deux fois. c'est la première fois que nous passons si longtemps sans parler, mais il n'y a pas de malaise. Je m'en veux d'avoir causé son silence, moi qui avait attendu ses mots pendant tant de temps. Elle soupir encore et renverse sa tête sur mon épaule en me chuchottant :

"Why are you telling me this ?"

Mes épaules se lèvent encore.
Le vent aura soufflé, les feuilles auront volé, et on aura même eu le droit à un peu de pluie. c'est à ce moment qu'on bénit le grand sac qui peut aussi recevoir un parapluie pour deux. On aura jamais aussi peu parlé au final, mais j'aurais découvert qu'elle avait elle aussi des choses un peu moins joyeuses à me raconter, même sans mot dire. Dos à dos.
Dos à dos on a beaucoup fredonné de chansons ensemble. Dos à dos on a ri surtout. dos à dos elle a pleuré beaucoup. Je l'ai photographie à peine 5 ou 6 fois.



Ecorché ?

Emmène-moi danser dans les dessous des villes en folie puisqu'il y a dans ces endroits autant de songes que quand on dort

et on n'dort pas

alors autant se tordre ici et là et se rejoindre en bas, puisqu'on se lasse de tout, pourquoi nous entrelaçons-nous ?
Allez enfouis-moi passe-moi par dessus tous les bords mais reste encore un peu après que même la fin soit terminée; moi j'ai pas allumé la mèche c'est Lautréamont qui me presse dans les déserts, là ou il prêche ou devant rien on donne la messe...
Pour les écorchés serre-moi encore, étouffe-moi si tu peux toi qui sais ou après une subtile esquisse, on a enfoncé les vis...
Oh mais non rien de grave, y'a nos hématomes crochus qui nous sauvent et tous nos points communs dans les dents; et nos lambeaux de peau qu'on retrouve ça et là dans tous les coins... Ne cesse pas de trembler c'est comme ça que je te reconnais, même s'il vaut beaucoup mieux pour toi, que tu trembles un peu moins que moi.

Emmene-moi, emmene-moi on doit pouvoir se rendre écarlates et même si on précipite on devrait voir white light white heat
Allez enfouis-moi passe-moi par dessus tous les bords encore un effort on sera de nouveau

Calmes et tranquilles
Calmes et tranquilles


Serre-moi encore, serre-moi encore, étouffe-moi si tu peux... Serre-moi encore...



Y'a de l'abus...

D'habitude, chui un garçon posé, calme, gentil, patient, mais quand on me cherche on me trouve. Là ils s'attaquent carrément à un de mes films cultes et je trouve que y'a de l'abus. Alors pour ne pas passer pour la personne que je ne suis pas et pour ne pas partir dans un diatribe que personne en comprendrait (genre "get a life, Cil, prends du prozac et arrête de nous sâouler"), je préfère vous laisser juge...

'Closer', sortie en janvier 2005


'Les témoins', sortie en février 2007


Sur ce je vous laisse, faut que j'ailler crever les pneus du 4X4 du type qui a été honteusement payé pour pondre cette affiche...



Parceque ma cruauté est infinie.

Presque autant que ma connerie...





Se comprendre

Il avait eu envie d'elle tout le jour. son esprit s'étreignait. Il aurait voulu lui faire l'amour là, alors que la nuit s'installait, tout juste dessous cet arbre.
Ils étaient trempés, à peu près autant par la pluie chaude qui tombait droite et lourde, que par le bain improvisé dans ce lac au couché du soleil.
Il se disait que ce n'était pas lui manquer de respect que de vouloir la faire basculer avec lui, dans la mousse tendre, entre les racines de la mangrove. Tout s'y prêtait à ses yeux. Ils étaient bien, il faisait bon, et ce baiser qu'il avait déposé au coin de son sourire lui donnait une incroyable impression de bien-être.
Alors pourquoi s'arrêter là ? Pourquoi ne pas lui montrer qu'il la désirait comme personne ? Il se persuadait tout seul sans avoir envie de gâcher l'instant, et la serrait un peu plus fort dans ses bras.
Il ne pleuvait plus maintenant, et leur regard s'éteignait à mesure que la nuit tombait. Pourtant ils ne se quittaient pas des yeux, et tout autour d'eux semblait converger dans ce tunnel formé par cette étreinte visuelle.

Tout se passait là.

Les sourires en disaient à peu près autant que leurs silences, et même les cris de la faune rythmaient ce moment, presque figé.
Les corps figés, les regards figés, les coeurs figés.

Elle posait sa tête au creux de son cou, et il aimait se dire que sa jolie chevelure lui rafraîchissait la joue à mesure qu'il laissait tomber son visage contre ses cheveux. C'était doux, elle sentait l'ambre et goûtait le sel. La lune lui donnait à présent une couleur d'ivoire, et la pluie qui se remettait à tomber venait frapper en reflets luisants ses hanches pleines.
Ses formes se dessinaient sous le coton léger et détrempé de ses habits. Il la sentait s'endormir contre lui. Son coeur battait plus lentement que jamais et il sentait qu'elle respirait profondément, insouciante et calmée par l'étreinte qu'il tenait autour d'elle.
Alors qu'il posa sa main sur son ventre pour mieux sentir sa respiration, elle ouvra les yeux grand, comme lors d'une renaissance. Il regrettait déjà son geste, mais elle roula sur lui, ses genoux de chaque coté de ses hanches, ventre contre ventre, torse contre torse. Elle posa ses mains sur ses joues, et l'embrassa comme la plus intense des demandes. Il la serra fort, et sans même un effort ils se retrouvèrent nus, s'emboîtant l'un l'autre, si naturellement qu'il souriait d'avoir douté de lui, d'eux, d'elle. Les plus doux baisers étaient échangés, les caresses n'arrêtaient plus, et les emprises grandissaient à mesure que leur souffle puis leurs gémissements se faisaient présents.

Il s'aimèrent toute la nuit, s'endormant l'un dans l'autre, puis souvent, dans un sursaut, se rappelant que cette nuit là serait peut-être la seule, ils recommençaient à se donner du plaisir, sans jamais se lâcher, sans jamais se décoller, sans jamais faiblir sous la lune et la pluie qui venait régulièrement réveiller leur désir. Ils s'offraient tous les deux, comme une marque de confiance, comme un merci salutaire et réciproque, comme pour remplacer ces mots qu'ils ne trouvaient jamais, comme pour se dire qu'une fois encore, ils se comprenaient.



Sans titre #8461243

J'entends encore l'onde sensuelle de ta bouche sur la mienne. C'était si fort, c'était si beau, la philosophie de ton souffle entre mes mots. Les plumes volent encerclées par tes ondes, mes habits collent, faut qu'j'm'innonde. Mais je n'sais plus où donner du crâne, ça n'répond plus, j'attends la panne.
Mais comment t'atteindre, onde sensuelle ? Toi qui me donnes des ailes... Pourrais-je te rendre un jour éternelle ? Pour nous lier jusqu'au ciel...
Tes doubles sens si romantiques m'ont troublé, onde magique... Y a-t-il un sens à ta venue ? As-tu un nom? Moi non plus...



Le petit chat est mort... (noyé)

Je ne vois pas bien le message derrière le fait que mon poisson ait attendu le jour de la Saint-Valentin pour se laisser mourrir (et ce après des mois de lutte et sans rien manger), mais voila c'est fait. Paix à ses branchies.
Et puis de toutes façons hein, je ne suis pas superstitieux, ca porte malheur ! (On va dire ça...)



Un fleuve

Donc, au début, elle sourit.
C’est un sourire discret, presque imperceptible, de ceux qui se forment sur le visage parfois, sans qu’on le décide, qui surgissent sans qu’on les commande, qui ne semblent reliés à rien en particulier, qu’on ne saurait pas forcément expliquer.
Voilà : c’est un sourire de presque rien, qui pourrait être le signal du bonheur.

Ce contentement qui lui échappe, c’est peut-être juste parce qu’elle porte la robe rouge, à manches courtes, qu’elle affectionne, qui lui affine la taille, qui lui donne la silhouette qu’arboraient les femmes américaines des réclames, dans les années cinquante. Elle se sent bien dans cette robe, encore belle, encore désirable. Elle a le sentiment d’être légère, et qu’un homme, de préférence Norman, pourrait la prendre par les hanches et la soulever sans effort dans les airs. Elle aime se sentir légère : cela lui rappelle sa jeunesse. Non qu’elle soit vieille, trente-cinq ans dans quelques mois, mais on ne parle déjà plus d’elle comme d’une « jeune femme » et on s’adresse à elle d’un « madame » plutôt que d’un « mademoiselle ». Elle n’en est pas chagrinée, non, elle admet que les années passent, que son corps s’est un peu alourdi dans ces endroits qu’on peut toutefois dissimuler grâce à des vêtements habilement choisis, et qu’elle seule connaît aussi bien. Elle voudrait juste retenir un peu, tant qu’elle s’en sent capable, ce temps qui file et demeurer une femme qui accroche quelques instants les regards.

Oui, le sourire, c’est peut-être simplement pour ça : être désirable, encore.

Pourtant, Ben ne l’a pas regardée lorsqu’elle est entrée. Ben ne la regarde plus depuis des années. Depuis quand au juste ? Il s’est habitué à elle au point de ne plus avoir à la regarder, estime-t-il. Il la connaît si bien : que verrait-il qu’il n’ait déjà vu ? Et puis, entre elle et lui, ce n’est pas une affaire de séduction, ça ne l’a jamais été du reste, c’est une affaire de connivence. Aucun d’eux ne prétendrait qu’ils sont amis mais ce sont au moins des connaissances, ils s’aiment bien, ils savent un peu de la vie de l’autre, ils ont des réflexes et des souvenirs en commun. Ainsi, ils n’oublient jamais de raconter que Louise est entrée pour la première fois chez Phillies le jour exact où Ben y entamait sa carrière de serveur, il y a neuf ans de ça maintenant. Et c’est ainsi, il est toujours là, derrière son comptoir, qu’il astique mécaniquement d’un chiffon humide ; elle, elle vient toujours, avec la même régularité, dans ce café, qui est devenu son repaire autant que son repère. C’est vrai, Ben n’a pas regardé Louise lorsqu’elle est entrée chez Phillies mais qu’aurait-il vu qu’il n’ait déjà vu ?

Même sa robe rouge, il la connaît par cœur. Non qu’il la remarque souvent sur elle mais elle l’a achetée il y a longtemps déjà et elle la porte dans les occasions importantes ou quand elle a envie de plaire. C’est ça qu’il s’est dit, en vérité, lorsqu’elle est entrée : Louise a envie de plaire ou bien il y a un événement à fêter. Norman doit être pour quelque chose dans le choix de cette tenue.

Il apprécie Norman, même s’il n’en ferait pas, loin de là, son meilleur ami : trop guindé, peut-être, et puis un je-ne-sais-quoi qui l’a toujours dérangé, comme une insincérité, ou un égoïsme, il ne pourrait pas être plus explicite. Ça n’a pas beaucoup d’importance, d’ailleurs, ce qu’il pense de Norman. Louise est une grande fille, elle sait ce qu’elle a à faire et ça ne changera pas sa vie, à Ben, s’ils se décident enfin à vivre ensemble, elle et ce type.

Des mois tout de même qu’elle a commencé, leur aventure. Louise est rarement aussi persévérante, aussi constante. En général, ses amours durent beaucoup moins longtemps, sans qu’on sache jamais si c’est elle qui quitte ou qui est quittée. Cela doit être plus important que d’habitude, vraisemblablement. C’est plus compliqué aussi : drôle d’idée d’aller dégoter un homme marié quand il y a tellement de célibataires. Après tout, c’est elle que ça regarde.

C’est exactement ce qu’elle pense. Elle est joyeuse de ce qui lui arrive mais elle sent bien que Ben ne manifeste pas autant de curiosité pour cette histoire que pour les précédentes. Peut-être blasé, le barman. Rien de grave à ce qu’il s’y intéresse moins : son opinion n’est pas décisive, évidemment, mais elle apprécie que Ben la rassure. Elle a fini par s’habituer à ses encouragements, à son silence et à ses airs énigmatiques qu’elle peut interpréter comme ça l’arrange.

« Je ne sais pas à quelle heure Norman sera là. Je l’attends, vous savez ?
— Vous n’avez pas fixé d’heure précise pour votre rendez-vous ?
— Non, il a simplement dit qu’il passerait dès qu’il aurait terminé ce qu’il a à faire. »

Ce qu’il a à faire. Elle a une manière d’énoncer les choses qui s’apparente étrangement à un mensonge. Mais pouvait-elle véritablement divulguer à Ben ce que Norman a à faire, et qu’il devrait avoir terminé incessamment ? Non, pour sûr. Ils n’ont pas une intimité suffisante et puis Ben s’en fiche certainement comme de sa première Budweiser. Surtout, Louise se sent superstitieuse, ce soir : elle a l’intuition qu’il est important de ne rien dévoiler pour ne rien faire capoter. Elle est consciente que seuls les enfants adoptent ce genre d’attitude, qu’une adulte raisonnable ne saurait s’en remettre de la sorte à un dieu farceur. Il faut croire que ses craintes l’emportent sur son légendaire jugement.

D’un regard lent, elle embrasse le territoire du café, histoire de songer à autre chose, de se débarrasser de ses obsessions, de ses pressentiments. Pas grand-chose à contempler : comme à l’habitude, le dimanche soir, le café est désert. Juste Ben et elle. Et la lumière par la baie vitrée, la belle lumière de septembre.

« On a toujours de belles arrière-saisons, vous ne trouvez pas ?
— Sûr. Les gens feraient mieux de venir maintenant, plutôt que de s’agglutiner en août, sous la canicule. Verraient comme c’est plus agréable. Vous me direz : s’ils venaient en septembre, c’est septembre qui serait un enfer. »

Ben est coutumier de ce genre de remarque, qui hésite toujours entre le bon sens et l’absurde, de sorte qu’on ne sait jamais s’il est tout à fait idiot ou seulement malicieux et ironique. En tout cas, ça le fait sourire. Il est content de lui. Du coup, il essuie ses verres avec davantage d’ardeur. Il pense à tous ces gens qui viennent de tellement loin parfois pour voir à quoi ressemble ce bras qui s’avance sur l’océan et où il a élu domicile. Cinq cents kilomètres de littoral, tout de même, ça n’est pas rien. C’est que Cape Cod est un petit paradis. Des plages, du sable blanc, des dunes, des falaises : on comprend que les touristes fassent le déplacement et que les gens de Boston achètent une maison dans les environs. Bon, bien sûr, Chatham, ça n’est pas la partie la plus huppée du Cap, beaucoup de motels bon marché dans les parages, de fast-foods où il fait bon ne pas manger, de supermarchés bas de gamme où on vend un peu de tout, mais si on persévère, si on va au-delà du tout-venant, on finit par repérer les endroits qui ont du charme. Et puis, le café de Phillies bénéficie d’une bonne situation, un peu à l’écart de l’agitation, à quelques encablures de l’océan, qu’on aperçoit par la baie vitrée. Ben se souvient que l’endroit lui a plu au premier regard quand il y est entré, il y a neuf ans. C’est pour ça qu’il est resté. Serveur, ce n’est pas le boulot dont il avait rêvé mais il mène une existence tranquille que beaucoup de gens plus riches pourraient lui envier.

Il s’entend bien avec ses clients aussi, des habitués pour la plupart. Comme Louise Cooper. Il s’est créé une sorte de lien avec eux. Oui, c’est ça, il se sent relié à eux, il ne saurait pas être tellement plus précis. C’est comme une fraternité, en somme. Cette seule certitude le rend joyeux.

« Ben, ça vous ennuie vraiment de me servir mon Martini ?
— Pardon, Louise. Je me demande bien où j’ai la tête aujourd’hui. »

Elle boit du Martini blanc. Toujours. Il ne lui a jamais vu boire autre chose. C’est saisissant, une telle fidélité. Il y en a qui seraient passés à d’autres alcools, ou qui s’essaieraient à varier les plaisirs. Elle, non. Elle ne s’est jamais départie de cette habitude et, malgré les années, cela continue de surprendre Ben. Au moins, il y voit un avantage : il n’a plus besoin de lui demander, lorsqu’elle s’installe au comptoir, ce qu’elle entend commander. Il la sert mécaniquement, sans se poser de questions. Tout de même, au fond de lui, et sans jamais le lui avoir confessé, il attend le jour où elle entrera et commandera autre chose. Il essaie de se tenir prêt pour ce jour-là, qui arrivera peut-être, qui sait ? Pourtant, il devine que, si cela devait survenir, il ne manquerait pas d’en être absolument abasourdi.

La vie est dans ces détails, pensent-ils de concert. La vie est dans ces instants de presque rien, dans ces rites ordinaires, dans cette familiarité. Louise et Ben, chacun à sa manière, semblent ne rechercher rien d’autre que ça. Ils pourraient être heureux si l’existence n’était que la succession de ces moments simples et sereins. Ils pourraient être heureux s’il y avait toujours la belle lumière de septembre sur les falaises de Cape Cod, toujours les dimanches soir dans le café désert.

Louise est touchée par la distraction de Ben, qui l’a toujours étonnée puisqu’elle avait l’idée qu’un serveur de bar est nécessairement quelqu’un qui a une mémoire d’éléphant, une souplesse de gazelle, des réflexes de guépard. Ben est presque le contraire de tout ça : il est généralement oublieux, lent. Son air d’être toujours un peu dans la lune, un peu en retard, ce décalage infime dans ses mouvements, ça lui a plu dès le premier instant et elle le remercierait presque de n’avoir pas changé.

Elle l’asticote régulièrement au sujet de sa balourdise, de sa distraction et lui, il s’insurge à chaque fois, dément ces accusations qui lui paraissent spécieuses, prétend qu’il est un très bon serveur, qu’il fait très bien son métier. Et d’ailleurs, Phillies n’a jamais eu à se plaindre de lui. Pourtant, elle n’est pas une patronne facile, elle aurait vite fait de le mettre à la porte si elle n’était pas satisfaite de ses services. Elle ne plaisante pas avec ça, Phillies. C’est alors au tour de Louise de lever les yeux au ciel, rappelant que Phillies est une crème, la meilleure des femmes, qu’elle ne ferait pas de mal à une mouche, qu’elle a pris Ben sous son aile et qu’il est sa croix, celle qu’elle devra porter jusqu’à la fin de ses jours. Normalement, à ce moment-là, Ben est furieux et tous les deux éclatent de rire. Ils jouent ce jeu depuis bientôt dix ans et ils ne s’en lassent pas.

Ben s’empresse donc de servir son Martini blanc à sa cliente et en profite pour entamer une sorte de conversation puisqu’il n’y a pas grand-chose d’autre à faire que de parler de tout et de rien dans ce café abandonné de tous.

« J’ai lu dans le journal qu’ Un profil détourné ouvre la nouvelle saison théâtrale à Boston. Vous devez être rudement contente.
— Oui, ça va finir par devenir un classique, si on n’y prend garde. Ce n’est pourtant pas la pièce que je préfère. Je vais même vous faire un aveu : au début, je croyais que personne n’en voudrait. Quand je l’ai proposée, je m’attendais vraiment à des refus. J’en ai été la première surprise. Au fond, on est souvent son plus mauvais juge. »

Louise Cooper écrit des pièces de théâtre. Elle travaille en ce moment à l’écriture de la sixième. Elle est un auteur reconnu : Ben est très fier d’elle. Il s’arrange toujours pour savoir si une des créations de Louise est jouée dans le pays. Lui qui ne s’intéressait à rien, sauf aux matches de base-ball, s’est mis à s’intéresser au théâtre après sa rencontre avec Louise. Pour lui, elle est une sorte de gloire locale et il s’enorgueillit qu’elle ait choisi son café à lui. Alors, il lit les articles qui paraissent, il se tient informé, et à chaque fois qu’une nouvelle pièce est montée, il se fait un devoir d’assister à la première. Désormais, il est un privilégié : Louise lui procure systématiquement un carton d’invitation et il est toujours bien placé. Il a même accès au cocktail privé donné après la générale. Pour ces jours-là, il met ce costume qu’il ne porte qu’aux mariages et aux enterrements. Les deux premières fois, quand même, c’est lui qui a payé sa place.

Il ne serait pas capable de disserter à propos du théâtre. Les pièces de Louise sont les seules auxquelles il ait jamais assisté. Il sait juste qu’elles lui plaisent, il passe un moment agréable, c’est une sortie importante pour lui. Il se sent encore impressionné par la foule des premières, par les tentures, les ors des théâtres, il n’est pas très à l’aise, mais dès que le rideau s’ouvre, il est l’égal de tous les autres et sa joie ne se discute pas.

« C’est bien vrai que vous êtes votre plus mauvais juge. Moi, je vais vous apprendre quelque chose : Un profil détourné, c’est celle que je préfère. Cette femme qui perd son fils, moi, elle me bouleverse.
— Oui, peut-être, je ne sais pas. »

Ben connaît les titres des cinq pièces par cœur, comme si c’était lui qui les avait trouvés. Il ne parle jamais d’une pièce en disant : « Vous savez bien, celle où une femme perd son fils. » Il cite le titre exact. Il pourrait même préciser quand la pièce a été créée, et où, et qui en étaient les interprètes. Il connaît le nombre des représentations. À certains égards, il est le gardien de la mémoire. En secret, il tient des fiches mais ça, il n’a jamais osé l’avouer à Louise.

Elle, elle s’amuse de ce culte enfantin que Ben lui voue. Pourtant, en fin de compte, ça la rassure, ça ne flatte pas sa vanité car elle n’est pas ainsi faite mais ça lui fait plaisir. Elle se dit que, dans la vie de Ben, il y a le base-ball et son théâtre à elle. Un auteur peut-il en espérer davantage ?

Elle ne s’était pas imaginée, tout d’abord, en auteur à succès. Elle a espéré longtemps devenir comédienne. Elle a suivi les cours de la Boston School of Arts, passé des auditions, interprété des petits rôles dans des comédies convenables et des rôles plus importants dans des tragédies ratées, couru le cachet. Un jour, elle avait vingt-six ans, elle s’est rendue à l’évidence : elle ne serait jamais une actrice reconnue. Elle a tout abandonné du jour au lendemain. Elle a vécu cet abandon comme une reddition. Pour donner le change, aux autres comme à elle-même sans doute, elle a expliqué que ce métier était celui qui avait le plus fort taux de chômage et qu’elle ne pouvait pas se permettre plus longtemps une telle précarité, que la chance n’avait pas voulu lui sourire. Cependant, dans sa reddition, il entrait une part non négligeable d’amertume. On ne renonce pas si facilement à l’enfance, aux rêves de l’enfance. Aujourd’hui, alors que près de dix années se sont écoulées, elle est disposée à reconnaître qu’elle n’était peut-être pas une bonne comédienne. Et puis, la vie l’a comblée : elle travaille pour le théâtre, elle gagne bien sa vie, la critique est généralement élogieuse. Ça n’a pas toujours été aussi facile : elle se rappelle l’époque des vaches maigres. Elle n’a pas le sentiment d’avoir pris une revanche, simplement d’avoir réussi à entrer dans l’ascenseur juste à l’instant où la porte se refermait.

Ben connaît tout cela parce qu’il est arrivé à Louise de s’épancher, certains dimanches soir plus délicats que d’autres, après plusieurs Martini. Il s’est toujours contenté de l’écouter, sans ponctuer ses phrases. Il a la conviction que les serveurs de café doivent être affables et discrets. Il comprend un peu cette affaire de renoncement, le regret de ce qui n’a pas été accompli, ce deuil de la jeunesse. Il sait que ça a à voir avec les blessures intimes, les souffrances personnelles, pas celles qui font mal comme une coupure ou une fracture, plutôt celles qui lancent comme un rhumatisme. Et puis, l’existence de Louise Cooper lui paraît une indéniable réussite. Passer ses journées à écrire, devant l’océan, connaître le succès, boire des Martini, choisir ses amants : tout de même, il y a des sorts moins enviables.

Elle ne souhaiterait pour rien au monde être de ces femmes aigries et elle ne l’est pas, parce que, si elle ne mène pas tout à fait la vie qu’elle aurait choisie, elle n’a aucune de celles qui lui faisaient horreur, ces vies de confort et de conformisme, toutes tracées, remplies de maris, d’enfants, d’écoles, de supermarchés, de voitures, de maisons secondaires, de beaux-parents dominicaux, de régimes alimentaires et de couples amis. Elle aura échappé à ça, cette abomination ordinaire, et combien peuvent en dire autant ?

Ce qu’elle aime chez Norman, c’est ceci, précisément : son existence décalée, ses revendications de liberté, ses passions qui l’enflamment, tout ce qui sort de l’ordinaire. Lui est comédien de toutes ses fibres, et jusque dans ses hystéries, ses jalousies, ses élans amoureux. Il ignore la tiédeur. Ses plus petites déconvenues deviennent des drames indépassables. Ses moindres succès virent au triomphe absolu. Norman n’est jamais fatigué mais épuisé, jamais joyeux mais extraordinairement comblé, jamais mélancolique mais affreusement triste. Cela pourrait être horripilant mais, parce qu’il est doté d’un charme fou, c’est simplement merveilleux. Sans le théâtre, ils ne se seraient jamais rencontrés. C’est Norman qui a tenu le rôle principal dans Un matin à New York pour la création à Broadway. Elle se souvient d’être tombée amoureuse de lui à la première réplique de la première répétition. Elle concède que le bleu malicieux de ses yeux et la fluidité de sa silhouette y ont fait pour beaucoup.

Cette seule pensée la ramène, comme par réflexe, à son désir de lui plaire, d’être belle pour lui. De son sac à main, posé sur le tabouret de bar installé juste à côté de celui où elle a pris place, elle extrait un miroir de poche, qu’elle place devant sa bouche. Elle s’empare alors distraitement et avec une assurance déconcertante pour qui l’observerait à cet instant précis d’un tube de rouge qu’elle décapuchonne. Elle remet un peu de rouge sur ses lèvres, et les mouille. Elle fait ce geste exclusivement féminin : elle passe sa langue sur ses lèvres pour les mouiller, puis elle observe, comme si sa vie entière en dépendait, la blancheur de ses dents. Quand elle a fini, elle repose le miroir à l’intérieur de son sac, et elle ajuste sa chevelure. Voilà : elle est belle à nouveau. Ben dirait que c’est une femme qui a de l’allure.

Elle jette un coup d’œil nerveux à sa montre. Il est déjà plus de dix-huit heures. Norman a beau lui avoir indiqué qu’il ignorait tout à fait l’heure à laquelle il serait en mesure de la rejoindre, compte tenu de ce qu’il a à faire, elle ne peut s’empêcher de considérer qu’il est déjà en retard. Elle espère qu’il viendra vite maintenant, et qu’elle n’a plus très longtemps à attendre. La lumière décline un peu dans le café : derrière la baie vitrée, des nuages ont fait leur apparition et voilent imperceptiblement le soleil du soir. Les arrière-saisons ont parfois quelque chose de déchirant.



Half life

Elle me désire. Et il ne se passe pas 3 minutes sans qu'elle me le dise ou me le fasse comprendre. Pour elle, passer le temps d'un coup de fil décollé de moi, c'est un gâchis qui lui laisse des séquelles douloureuses.
S'endormir sans me faire l'amour, c'est un peu comme boire un coca tiède. Butter dans un trottoir avec une paire d'escarpins neufs. Ne plus avoir d'après shampooing.
Dans son regard, il n'y a jamais de reproches, jamais de jugement. Juste des conseils, des demandes. Elle a les yeux brillants quand elle me regarde, et ne peux s'empêcher de me respirer, se frotter, me mordre.
Elle, quand elle marche dans la rue, elle se retourne de temps en temps au cas où je ne serais pas loin, où je me cacherais au coin de la rue, derrière une voiture, ou sous la table d'une terrasse de restaurant.
Elle, quand il lui arrive de ne plus penser à moi, elle se mord les lèvres, par reflexe. Et quand je reviens à ses pensées, elle se suce la langue pour ne pas avoir à m'oublier encore. Quand Elle rentre, elle me cherche partout, et se jette sur moi si j'ai le bonheur de me trouver là. Ses mains m'envahissent tout le temps, j'ai à peine le temps de lui raconter les choses qui ont fait que ma journée sans elle fut pénible. Pour elle, ce n'est que perte de temps, et quand je suis là, elle n'a plus de temps à perdre.
Elle ne me laisse pas partir si facilement. Elle se fâche, m'ordonne de revenir, vient me chercher. Elle crie, elle hurle, et ne se calme que lorsque je m'occuppe de ses désirs débordants. Elle me veut. Juste moi, et pour elle toute seule.



I married a cheerleader

J'ai vu Cherry pour la première fois alors qu'elle n'avait que 17 ans. Sa blondeur inspirait presque une innocence angélique à des lieues de sa réputation sur le campus. Cherry était cheerleader des pumas, et prenait son métier à bras le corps. Ou même ses bras autour des corps de son équipe adorée. Dans tout l'état, on le savait : Cherry Wingfield savait prendre soin de ses joueurs, aussi bien avant le match qu'après...
nous nous sommes rencontrés à la grande cérémonie annuelle des university sports awards, l'année ou j'ai reçu la récompense de meilleur quaterback du middle-west. Cherry est tout de suite tombée amoureuse de moi, alors qu'on m'épinglait ma médaille. "Tu ressemblais à mon père lorsqu'il a reçu ses médailles pour ses exploits au vietnam" m'a t-elle avoué un peu plus tard. "Fier, déterminé, charismatique, j'ai tout de suite su que c'était toi...".
Derrière ses atotus physiques qu'elle mettait souvent en avant, Cherry était une grande romantique. Quand nous baisions, jusqu'a 4 fois par jour, cherry me suppliait de l'épouser, de lui faire de beaux enfants, et m'assurait en me prenant dans sa bouche que c'est le traitement qu'elle me réservait chaque jour que dieu ferait, si je lui passais la bague au doigt.

Quelques jours après son 18e anniversaire, tout le campus était au courant que je lui avais offert une bague, et je fus le premier étonné d'entendre parler de fiançailles. Cherry était comme ça, quand elle voulait quelque chose, elle l'obtenait. Je me rapelle que c'est à l'occasion d'une douche un peu trop chaude dans les vestiaires du gymnase, que j'ai accepté de l'épouser. Ses parents étaient déja au courant, me trouvaient formidable, et la nuit suivante, nous parlions déjà du plan de table, du chemin de table, des fleurs, de sa demoiselles d'honneur qu'il fallut appeler au milieu de la nuit, et de la maison de campagne que ses parents allaient nous donner en cadeau symbole de notre amour.
La cérémonie était somptueuse, et Cherry n'avait jamais eu de plus beau sourire. Elle était heureuse, et moi aussi j'imagine.

Le voyage de Noce à Cape Cod à peine terminé, j'ai arrêté mes études pour accepter une place en or dans l'entreprise de logistique de mon beau père. Je sais que mes parents ont désaprouvé ce choix, et que non seulement ce n'était pas le domaine auquel je me destinais, mais qu'en plus j'ai du arrêter le football, mais c'était bien payé, et je m'assurais plus ou moins un avenir sérieux.
Et puis Cherry n'a pas voulu continuer ses études, commentant qu'elle serait mieux à la maison à s'occupper de notre enfant, Taylor. C'est comme ça que je l'ai appris, alors qu'un matin j'ouvrais un paquet contenant le "tire-lait sans douleur du docteur Bergstein". D'un regard et d'une mou ravageuse, elle a su balayer mes soupirs désaprobateurs quand je lui demandais depuis quand elle avait arrêté la pilule contraceptive. Elle me dit que depuis trois mois, elle avait laissé tombé, qu'elle était enceinte depuis 2 mois, et qu'elle comptait me faire la surprise le lendemain. Elle m'entraîna sur le lit, et me fît l'amour comme jamais. "Taylor, c'est un joli prenom, et il ira aussi bien à une fille qu'à un garçon" aquiéssais-je sur l'oreiller. Ce fut une des dernières fois que je la touchais.
Cherry se mit à acheter tout ce qui se présentait devant ses yeux sur le shopping channel. Des magic mixer, des sculpt-abdos pour quand elle aurait accouché. Des sets de batteries de cuisine et des couteaux japonais. Des nappes rectangles anti-insecte, des "oreillers tendresse". Des soudes sacs thermique, un body twister, et une machine a tricoter. Et bien sûr, la brosse déodorisante canine pour Butterfly, le caniche nain que lui avait offert sa mère.
Cherry à commencé à ne plus vouloir sortir de la maison dès le 6e mois de sa grossesse, par mesure de précaution. De l'autre coté, mon beau père comptait beaucoup sur moi au boulot, mais me ramenait toujours à la maison le soir, même lorsque le plus souvent, nous terminions après 22h. J'avais espoir, -Jack m'encourageait dans ce sens- et je visais le poste de superviseur national. "Vous travaillez bien, ma fille a de la chance, j'ai toujours été un modèle pour elle, je suis content qu'elle ait trouvé un prolongement de cela à travers vous...". Quand je rentrais le soir, Cherry dormait déjà, les deux mains sur son ventre, qui prenait désormais beaucoup de place dans le lit entre nous !

Et puis Jack et AbiGail ont divorcés, Cherry a du rentrer à l'hopital au début de son 8e mois de grossesse tant elle a mal supporté la séparation de ses parents. Jack ne venait plus travailler et reposait toute la charge sur mes épaules. J'ai perdu 8 kilos, et Cherry notre enfant, suite à une prise un peu inconsidérée d'anxyolitiques. Cherry m'en a beaucoup voulu, de ne pas être là alors qu'elle sombrait avec notre progéniture. Jack n'a jamais su lui dire que je me démenais pour garder sa société à flots.

Et puis Abigail à réclamé ses parts de la société, et passait de plus en plus de temps chez nous, à se nourrir avec sa fille de toutes les saloperies qu'elle pouvait acheter sur le chemin. Leur alimentation consistait à ouvrir des paquets de sucreries, ou déboucher des bouteilles de scotch.
Cherry ne m'a plus jamais souri. Pourtant à chaque fois que je la voyais dans le canapé avec le chien, alors que je passais le pas de la porte en croisant Abigail qui partait, je la revoyais triomphante en haut de la pyramide, tenant son pied sans une main en hurlant pour encourager son équipe...

Quelques mois plus tard, l'entreprise de Jack mis la clef sous la porte, sous les pressions des avocats d'Abigail. Et moi avec.
Je suis rentré ce soir là, il y avait de l'agitation autour de la maison, des gyrophares qui m'aveuglaient. Je n'avais évidemment rien compris. Jack, qui serrait Abigail dans ses bras, s'est approché de moi avant que je n'atteigne le trottoir et m'a envoyé son poing de Colonel en pleine figure. "J'ai eu plus de compassion pour les viet congs que je n'en ai pour toi aujourd'hui ! Ne t'avise plus d'approcher Cherry, ou je te saigne de mes mains, petit con. Tout cela est de ta faute". Derrière je voyais passer une civière poussée par les ambulanciers, et je reconnaissais la chevelure de Cherry, ma Cherry. A peine avais-je eu le temps de comprendre ce qui c'était passé, qu'un officier de Police m'aida à me relever en me conseillant de partir d'ici au plus vite "dans mon interêt", en précisant que je recevrais rapidement une convocation au poste de police. Puis il alla serrer la main de Jack et lui tapa dans le dos, en lui assurant qu'ils ne me laisserait pas m'en sortir comme ça. J'avais tout juste 21 ans.



Maggy


Je marche en me disant qu'il fait vraiment très chaud, et pour la première fois je me rends compte que nous somme vraiment en été. Je lève un peu la tête et ferme les yeux pour profiter un peu mieux de la chaleur de Râ. Maggie m'avait donné rendez-vous à l'hôtel Raphaël une semaine auparavant. Par e-mail, je n'avais jamais osé me servir du numéro de téléphone qu'elle m'avait donné à moi, cet inconnu. Les américains sont comme ça, ils doivent se dire que les gens de Paris sont forcément des gens bien, puisqu'ils ne sortent pas de chez eux sans avoir consciencieusement pensé à la façon dont ils sont habillés. en tous cas elle était comme ça, elle.
J'arrive doucement devant l'hôtel, et cet homme habillé de rouge m'ouvre la porte. Je me sens soudain un peu nerveux, et je me dis que je vais enfin la rencontrer. Sans trop y croire. Mais quand même un peu.

"Bonjour, je viens voir Mademoiselle Gyllenhaal, elle a du vous prévenir de mon arrivée ?
- tout à fait Monsieur, elle vous attend dans sa chambre, je me charge de vous faire accompagner..."
Sa chambre ? SA CHAMBRE ???!!! J'ai à peine le temps de paniquer, qu'un ridicule bonhomme sort de l'ascenseur et me souris à pleines dents, avec toutes les formules d'usage qui vont bien. Il m'invite à le suivre. Plutôt deux fois qu'une, buddy...
Nous montons jusqu'au dernier, et je sors le premier de la cage (je hais les ascenseurs), sans même me soucier d'une quelconque marque de politesse. Le petit bonhomme me dit que c'est la chambre 612, et disparaît rapidement derrière les portes qui se ferment. J'ai juste le temps d'apercevoir son sourire rassurant.
Je suis devant la porte 612 et une douce musique qui ne m'est pas inconnue s'échappe sous la porte. Les kings of convenience, je l'entends fredonner. Je frappe assez fort pour être entendu, et la musique s'estompe presque au même moment. J'entends courir, et je n'ai pas le temps d'analyser ce qui se passe que la porte s'ouvre.

Je ne vois que ce gigantesque sourire qui m'emporte le mien jusqu'aux oreilles, et d'un geste militaire, je lui tends une main glaciale, la plus maladroite de ma carrière de 2nde classe maladroit. "Hi Maggie...
- Noooooooooooooo (dit elle), nous sommes à le Paris, il faut faire les choses de le Paris, je veux te l'embrasser le visage, c'est comme ça que les gens parisienne le font, non ?"
Puis elle se jette sur moi, et me claque la bise comme le premier des poulbots de la butte.
"- I'm so glad you came, Cyril, come on in, We gotta lot of things to tell each other, at last !"
Je la suis volontiers, elle me traîne dans la plus grande et prétentieuse chambre d'hôtel aux murs blancs que j'ai jamais vu. Je lui parle de la musique et elle ne me croit pas quand je lui avoue que je suis assez fan des kings. Elle me raconte sa rencontre avec eux et n'a de cesse d'utiliser des tas de superlatifs qui feraient bien honneur aux norvégiens s'ils les entendaient. Son discours s'entrecoupe de petits silences ou elle glisse un "je suis tellement content de ta voir" dans un français délicieux. Cette robe lui va à ravir, tant et si bien que je ne peux me rappeler de sa couleur. Elle est pieds nus, et m'installe dans le prétentieux canapé en me tendant un verre prétentieux en me demandant ce que je veux boire. Elle me dit qu'elle s'emmerde à mourir dans cet hôtel, et qu'elle ne tournera pas avant demain, que le type qui l'a engagé ne sait pas ce qu'il fait et qu'elle se demande vraiment pourquoi elle a accepté. Elle inonde la prétentieuse (mais épaisse, néanmoins) moquette et éclate de rire, en ajoutant qu'il faut vraiment être dingue pour mettre de la moquette si épaisse dans un endroit fait pour boire et manger...

Je lui demande des tas de choses, si la vie à New York ne lui fait pas regretter celle de LA. En amoureuse des livres, elle préfère évidemment les bibliothèques de New York que les salles de sport de LA. Elle me dit que c'est son père qui l'a poussé a partir étudier à New York, et que si elle quittait un jour cette ville, ce serait pour Londres... "Ou Paris, si la tour Eiffel arrive à bien m'aimer".

Sa famille lui manque, elle ne la verra sans doute pas avant thanksgiving. Elle s'ennuie à mourir ici, dans cette chambre me dit-elle sans cesse. "Je n'arrive pas à croire que je suis à Paris et que je suis coincé dans cette chambre. Heureusement que tu as pu venir, j'étais tellement excitée de pouvoir te rencontrer". Excitée, elle ? C'est un cadeau en or qu'elle me fait, et je ne sais par quelle idiotie inconsciente, je lui dis que c'est un peu pareil pour moi, et qu'elle fait sans doute partie de mes amours secrètes les plus tenaces. Elle rit à tue-tête en me disant que je suis gentil, et que je venais de réaliser un de ces fantasmes les plus tenaces à son tour : recevoir une déclaration d'un français... Je ris jaune en me rendant compte de ce que je viens de dire, elle rit de plus belle en se précipitant sur moi pour m'honorer cette fois d'un typique hug américain, qui me fait perdre tout mon souffle, ma conscience, ma pudeur. Elle réussit à me mettre à l'aise, et je n'en sortirais pas indemne. Je tente un "I don't know what I can save you from, mon morceau préféré" qui n'a pour effet que de lui faire me serrer un peu plus fort

A ce moment là, alors que j'allais lui demander si je pouvais la prendre en photo, elle s'écarte, ouvre des yeux immenses, et me coupe dans mon élan en pointant du doigt, la bouche en O, mon appareil photo. "Let's make pictures together, in this very expansive suite, it'll be funny, we'll makes faces like kids do". J'ai bien envie de lui dire que j'ai moyennement envie d'être sur les clichés, mais je crois à vrai dire que je n'ai guère le choix. Les duo-toportaits se succèdent, avec les plus beaux tirages de langue, les plus beaux doigts dans la bouche et les plus beaux fous rire qu'il m'ait été donné de voir en photo. cette fille est folle. Juste folle. Je réussis quand même, dans un moment d'absence, à lui clicher son visage. Elle s'interrompt en enlevant la charlotte imprimée du logo de l'hôtel de sa tête, et me dit, de la façon la plus sérieuse du monde : "J'emmerde le metteur en scène ! Emmène-moi voir Paris, fais moi découvrir ton meilleur endroit pour manger du fromage, nous n'avons pas le temps de rester dans cette chambre, je ne connais pas Paris et je repars demain..."
Je la regarde, et je n'ai évidemment pas le choix, si ce n'est celui que de me rappeler la date de construction de la tour Eiffel. Mais même sous la torture, je n'aurai pu dire non à cette délicieuse malade. Elle me dit que Jake sera furieux quand il apprendra que sa soeur a de nouveau désertée un plateau, et qu'il l'engueulera comme quand elle avait 12 ans et qu'elle se planquait toute la journée, alors que lui n'en avait que 9 et la cherchait partout pour jouer aux soldats. Elle me dit qu'elle s'en fout. Elle me prend la main et ne la lâchera pas de si tôt. Avec un peu de chance, je pourrais peut-être même -entre le Panthéon et la rue Saint Michel- lui demander de m'épouser, et au mieux, lui réclamer 6 enfants. Ou 8.
Passée la grande porte du hall de l'hôtel, son facétieux sourire me fera la conversation. Elle écoutera tous mes anachronismes sur le grand palais, mes idioties sur la supposée homosexualité du vice roi d'égypte qui a offert a louis XV l'obélisque de la place de la concorde en gage de fidélité et de dévouement sexuel au roi français, et ne se plaindra même pas de l'inexactitude de mon propos de parisien inculte. Elle est fantastique Maggie. je me trompe rarement sur mes amours secrètes.


La couleur de la robe de la dame

On est au mois de juillet et il est bien temps de se rendre à l'évidence. Aux chiottes ma bonne résolution de tout faire pour aller vers les autres. L'évidence, donc. Soit les résolutions sont par essence / coutûme / whatever intenables, soit c'est un échec pur et simple de ma part, sans excuse valable, ni édulcorant. Peut-être que tout ça est encré quelque part entre le x et le y, bien planqué au détour d'un désoxyribo-nucléique quelconque. en bref, ptêt que j'peux pas lutter.
Pourtant j'ai essayé hein, et les objectifs que je m'étais donné à moi tous seul me semblaient à ma portée, et je me disais bien que cette année, j'allais faire pêter les statistiques sur les résolutions tenues.

Pourtant je suis quelqu'un de super gentil. Pour ça j'avais pas trop à me forcer, c'est naturel chez moi. Un don de mes parents qu'ils m'ont chacun légué à part égale. Genre limite couillon des fois, mais ça n'en est pas moins de la gentillesse. voilà un aquis. c'est toujours ça de pris (oui, un acquis qu'on apelle ça). Ca tombe bien, la gentillesse, ça se trouve pas à tous les coins de rue, ni au monop, j'ai regardé par curiosité...
La curiosité justement... Bah ça aussi j'en avais en stock, et pourtant je m'en sers tous les jours, du bout de mon appareil à prendre des photos. donc la non plus pas de soucis.
Etre compréhensif, et attentif qu'il y avait marqué. Là encore, j'ai bien l'impression que j'ai pas trop à me forcer, puisque ça m'arrange plutôt en fait. Pas trop doué pour parler, je le suis forcément à comprendre et à écouter. Enfin écouter pour commencer.
bon le plus dur, il faut l'avouer, c'est de trouver les points de contact. Je suis pas un pilier de bar. Les boîtes, je n'y ai jamais cru. Et puis quand je vais dans les musées, j'attends que la nuit soit tombée. Et j'aime pas qu'on me fasse chier à la bibliothèque, surtout que j'y vais jamais. Ah, c'est là le hic alors ? Je devrais attendre une 7e résurrection pour voir le don de sociabilité se coller derrière mes yeux ?
Bah non mon pauv monsieur, même pas, à l'heure de l'internet, c'est fastoche tout ça ! ah mais oui, ça l'internet, je sais faire aussi.
Et puis pour finir le tour des requirements, la volonté je l'avais évidemment, sinon j'aurais jamais signé de mon sang cette sale résolution (qui pue).

Annie était étudiante en Ohio. elle m'avait laissé quelques commentaires sur son site, m'avait contacté par mail pour me demander je ne sais plus quoi. elle parlait français, s'intéressait beaucoup à la culture française, à peu près autant que moi à la culture américaine, et devait venir faire ses études à Paris.
Annie est venue à Paris.
Annie était seule à Paris et si je n'osais lui demander dans les mails que nous échangions, Annie a pris les devants et a voulu me rencontrer. Ca ne se refuse pas de la part d'une américaine qui vous sort des références à "de battre mon coeur s'est arrêté" en français dans le texte... En tous cas, ça tease ma curiosité.
Annie m'a d'abord filé un lapin monumental, avec une excuse tout au moins bidon, surtout lorsqu'on à 22 ans. Puis Annie m'a filé un 2e rendez-vous, mais avait 43 minutes de décalage horaire à l'atterissage. Et est restée, environ 1h 26.
Après tout elle a pu être déçue par ma gentillesse, ma curiosité, ma compréhension et mon écoute. Pourtant elle me file un numéro à 10 chiffres quelques jours après et veut partager des cheesenan avec moi pour son anniversaire. Je hausse les épaules, mais j'accepte de bon coeur, toujours. On parle de 3000 choses, et elle me pique même la moitié de mon dessert. A ce moment là j'aurais pu me fâcher, mais même pas *joke*. Et puis comme à la sortie de chez poojah, il est tout de même 21h40 et que le temps est très clément et fort propice à un Paris by night, bloody Annie doit rentrer. Comme j'avais gardé un peu de compréhension pour le digestif, je souris et je recolle me fesses sur mon scooter. Je me dis qu'elle m'a appris plein de mot en anglais (genre woozilly), que j'ai eu un joli point de vue d'étrangère sur ma ville fétiche, et que je n'ai plus qu'à me satisfaire de tout ça. Et je suis satisfait, même si je reste un peu dubitatif. Avec un peu d'abstraction et des trucs à ulcère, le tout passe plutôt bien.
Et comme nous avons la passion de la photographie tous les deux et que je trouve son point de vue parfois intéressant, à défaut de trouver ses photos potables (ça c'est fait), je décide de l'e-mailer pour lui proposer un sortie photo. MMM... ah moins que... Ah mais non, c'est elle qui me propose une sortie photo ce samedi de février à Montmartre. Je décide d'arrêter mon ulcère, et je gobe mes plus beaux sourires par paquet de douze, parce que les sourires, ça aide toujours à faire passer une sale tête (de goule des maleterres...).
Je suis 20 minutes en avance, on ne sait jamais. Si je continue de compter, on fêterait aujourd'hui son 4e mois et demi anniversaire de retard. Pas un coup de fil, pas un sms de réponse à celui dans lequel je m'inquiétais qu'il lui soit arrivé quelque chose. Juste un e-mail le lendemain soir. "Désolée". Perso je me serais plutôt excusé. faut voir.
Mais comme j'aime bien comprendre, j'essaye de prendre contact, en écrivant un mail, qui restera sans réponse. Heureusement, la vie continue sur nos sites internet respectifs, comme si de rien était. Commentaires. commentaires. re-commentaires.
Aujourd'hui je pige toujours pas. Pourtant, je ne pense pas avoir eu un seul geste, un seule parole déplacée. Même pas une seule pensée, naïf que je suis. Peur-être ne l'ai justement pas assez entreprise ? Je ne saurais jamais et c'est ca le pire...
Des examples comme ça j'en ai des milliards depuis le début de l'année. Hommes, femmes, perso, boulot, collègues, amours, amitiées. Pourtant je reste calme, je ne cède pas aux signes faciles de ce qui pourrait être mal interprété. Je ne m'emballe que quand on a clairement manifesté une envie quelconque. Et pourtant ça méta-foire. Et quand je m'en inquiète, j'ai plus grande concentration d'autistes en face de moi. C'est moi l'autiste dans cette pièce, bordel !

Alors aujourd'hui, 7 juillet 2006, je prends ma buddy-list (msn / aim / yahoo messenger), je la chiffonne bien comme il faut, je la piétine, j'y fous le feu, et j'attends qu'elle se consume.
Parce que c'est trop con d'attendre des choses qu'on ne vous filera jamais. des réponses ou des explications. Parce que j'ai beau crever la gueule ouverte à demander pourquoi, personne ne v(p)eut répondre. C'est grave. Je n'ai rien demandé à personne, je ne demande pas a ce qu'on me dise oui, mais juste qu'on me dise quelque chose. aujourd'hui je me dis que si mes résolutions ont foiré, c'est à cause de l'indifférence. Pas à cause du mensonge, du refus, de la haine. Juste de la plus détestable des dames en longue robe, couleur indifférente.
Alors je vais prendre mon poisson thaïlandais sous un bras, ma petite M. qui m'a dit l'autre jour qu'elle m'aimerait toujours, et je vais retourner dans ma tête loin. Loin mais seul. alors je continuerais à dire oui. A être en avance. Mais faut plus compter sur moi pour le reste, j'en ai trop marre de monter les marches quatre à quatre, et de buter sur la troisième. Cause there's nowhere like alone...



hey - been trying to meet you - hey - must be a devil between us - or whores in my head - whores at my door - whores in my bed - but hey - where - have you - been ?


Certains dimanches.

Couché très tard, levé très tard. Chaleur sous le casque. Déambulations dans les halles. Tower zinger sur les marches devant les sculptures sur l'eau et ce mur dont je suis amoureux. Copinage et partage avec un gentil moineau. Marche odorante derrière Beaubourg, puis musée gratuit au 4e étage. fascination de ce nouvel endroit qui me parle à l'oreille. Mon premier Dali en Vrai. Oeil sur les toits, dans l'étuve des tubes qui grimpent et m'usent. Danse de rue sous le soleil de plomb. Photos. Rencontre. Retour dans mon antre frais. Rupture sensuelle et longue de mon abstinence douloureuse. Discussion salvatrice, corps emmêlés, par deux fois. 500 grammes de cerises grosses comme le poing à même le sol. Sucrées, juteuses, pourpres, douces. Le week-end, se termine. Sans ambiguité. Je m'endors avec le sourire. Couché très tard, levé très tard. Chaleur sous le casque. Déambulations dans les halles. Tower zinger sur les marches devant les sculptures sur l'eau et ce mur dont je suis amoureux. Copinage et partage avec un gentil moineau. Marche odorante derrière Beaubourg, puis musée gratuit au 4e étage. fascination de ce nouvel endroit qui me parle à l'oreille. Mon premier Dali en Vrai. Oeil sur les toits, dans l'étuve des tubes qui grimpent et m'usent. Danse de rue sous le soleil de plomb. Photos. Rencontre. Retour dans mon antre frais. Rupture sensuelle et longue de mon abstinence douloureuse. Discussion salvatrice, corps emmêlés, par deux fois. 500 grammes de cerises grosses comme le poing à même le sol. Sucrées, juteuses, pourpres, douces. Le week-end, se termine. Sans ambiguité. Je m'endors avec le sourire. Encore. J'en veux encore.



quand on (du) mal

Quand on a du mal, quand on a mal, je crois que le mieux est de laisser aller. Laisser aller, laisser partir avec le flot, le courant, les marées. Je n'essuierais pas la bruine sur mes lunettes, ni le froid dans mon dos. J'irai juste me poser par là et attendre le coup de vent qui tourbillonera tout dans un souvenir voilé. elle non plus, elle ne se retournera pas; tout au pire, elle inspirera profondément ces bouffées qui la faisaient marcher un peu vite le soir en rentrant. Ensemble ils arriveront petit à petit à nager dans le sens du courant, à n'ouvrir les paupières qu'une fois sur deux, et s'offrir des sourires comme des explosions de joie. Et puis lui, celui qui reste, celui qui se recroqueville, qui voit vieillir le bon temps, mais qui finira toujours par se tenir la tête entre les mains. tout le monde lui posera des questions, mais comme à son habitude il haussera les épaules, pour mieux cacher son visage, et repartir les mains dans les poches. Je les regarde tous et je me reconnais dans chacun d'eux. J'ai souvent les mains dans les poches, je marche vite le soir en rentrant, et je n'essuie pas la bruine salée sur mes lunettes. Ni la buée.



I don't know, but you can fax my mouth

ne pas savoir parler c'est parfois ennuyeux. Je ne sais pas parler. Les gens à qui je veux bien l'avouer me disent que non, mais le fait est là.

Je ne sais pas parler.

Et puis à vrai dire, ca doit être parceque je n'aime pas trop ça. Ou le contraire. Je n'ai jamais eu beaucoup de pratique dans ce domaine. Ni frère, ni soeur, j'ai passé mon enfance dans ma tête. Je ne me suis jamais ennuyé.

JAMAIS.

Alors ca n'encourage pas à parler. Je n'avais pas ou très peu d'amis, juste la fille de la voisine, avec qui je m'engueulais rapidement, sans doute pour pouvoir revenir faire mes constructions de lego chez moi plus vite.
Aujourd'hui c'est un peu pareil, j'ai peu de monde autour de moi. Donc toujours aussi peu l'occasion de parler. Et c'est tant mieux.
De ce fait je hais le téléphone. Et j'adore les sms.

Mais d'un autre coté, j'adore les gens bavards. Ils meublent mon manque de conversation. J'adore écouter, et je fais ca très bien. Et pas en baillant, faut pas croire. Si j'écoute, c'est que je suis attentif. Sinon, je ne suis pas là... J'aime écouter, comme j'aime regarder, les mots me fascinent, et ceux qui les prononcent avec. Ces artistes de la phrase, ces pros de la rhétorique. CEux qui me causent, en bref. J'aime écouter. Ca doit être pour ça que quand je ne chantonne pas dans ma tête, j'ai un casque sur les oreilles. Me gaver de mots pour le jour ou je saurais parler.

C'est ennuyeux d'avoir à se justifier de ne pas savoir parler, presque humiliant. Mais notre monde moderne est comme ça, il faut communiquer, parler, parler, parler, même s'il faut raconter n'importe quoi. Je connais des gens comme ça, qui préfère dire la première connerie qui leur passe par la tête plutôt que de laisser un silence s'installer.
Moi je choisirais toujours le silence. Le silence, même dans une conversation ne me met pas mal à l'aise. Pourquoi faudrait-il parler si l'on a rien à dire ? Si l'on a rien à se dire ? Le silence a son propre langage, mais personne -ou si peu de monde- ne veut parler ce langage là. Profiter d'un silence pour se dire autre chose. Ecouter ensemble ce que le silence a à nous dire. Se regarder et chercher autre chose que des mots pour exprimer l'instant. Le jeu est moins facile forcément, mais les mots sont si volatiles. Les regards s'ancrent plus, comme les silences.
Alors après tout, je ne suis pas vraiment pressé d'apprendre à parler.

Bien sûr, parfois je me force. Je suis obligé. Et c'est là que les problèmes commencent. On me pose des questions, on veut savoir des choses. Alors je réponds, je dis des choses. La plupart du temps, je tombe à coté de ce que je voudrais vraiment dire, au mieux, ça sera inexact, au pire, ce sera n'importe quoi. Alors l'écriture s'impose. Elle est plus réfléchie, même dans l'urgence. Je crois que je paierais cher pour me voir greffer un fax à la place de la bouche. Quoique j'ai bien trop besoin de ma bouche pour manger et faire l'amour mais au moins, parler comme j'écris. Réunir ces deux voies qui vont pour l'une de mon cerveau à ma bouche et de l'autre, de mon cerveau au bout de mes doigts. Et enfin parler vraiment qui je suis.



Les oreilles nues

Ils s'étaient donné rendez-vous dans cet endroit qu'il n'aimait pas trop. A vrai dire, pour lui, il y avait bien trop de monde, et il faisait bien trop jour. Il n'était pas très décontracté, mais il n'avait pas l'habitude des nouvelles rencontres.Il avait tout de suite remarqué chez elle une certaine fébrilité, un semblant de tremblement qui s'était vite estompé pour laisser place à un bien être, une aisance assez naturelle. Cela le rassurait.

Il n'avait pas osé la regarder. Dans son souvenir, elle portait ce jour là un haut noir, dont dépassait parfois des morceaux de dentelle qui attirait le regard. Un jean peut-être. Par contre, il était incapable de dire quel style de chaussure elle pouvait bien porter. Vraiment il n'osait pas la regarder, lui pour qui les chaussures sont l'essence même de la femme. Un mélange de culpabilité, de tout ce qu'il avait pu entendre dire sur ces garçons pas très discrets, et de respect.
Et puis, il n'avait jamais pu profiter des opportunités. Il n'avait jamais SU profiter des opportunités. C'était comme ça; si la volonté ne lui faisait pas défaut, le courage, lui, préférait se tourner vers ceux qu'il jalousait.
Par contre, elle ne portait pas de boucles d'oreilles, malgré deux petits trous. Il trouvait cela bizarre, et n'avait jamais pensé qu'en se perçant les oreilles, on était pas obligé de les orner tous les jours. C'était ridicule, une oreille percée pouvait bien rester nue. Il n'y avait juste jamais pensé.
Il écoutait ce qu'elle voulait bien lui raconter avec grand interêt, et tâchait de répondre à ses questions en évitant de raconter n'importe quoi, de baffouiller quelque chose d'embarrassant. Il s'entendait respirer, mais le fond de l'air frais et la décontraction de la discussion lui laissaient du répis. Il n'avait rien fait tomber de la table, il n'avait pas eu de geste malheureux, et aucun tic gênant n'était apparu subitement.

Et puis s'il n'osait la regarder, c'était à cause de ses yeux. C'était assurément la première chose qu'il avait vu/regardé alors qu'il avançait vers elle, quelques minutes auparavant. Lorsqu'il lui arrivait de croiser son regard, qu'il n'évitait pas, ses yeux prenaient tout l'espace. son champs visuel s'en trouvait diminué, comme la plus douce des migraines, comme cette hallucination qui l'attirait. Il n'avait jamais su trop parler, aussi il plaçait tous ses espoirs dans le regard, tout le temps. Non qu'il était gêné par les silences, mais il savait que les mots d'une conversation s'envolent bien trop vite.

Et c'était encore bien pire lorsqu'elle souriait. Il regrettait alors qu'elle fût maquillée, et qu'il ne pût profiter de son regard sans artifice.

Des gens passaient dans le fond, le temps passait aussi et il pensait qu'"agréable" était sans doute le meilleur mot pour qualifier ce moment. Il souriait, un peu bêtement sans doute, en se disant qu'elle venait de rentrer dans sa vie. Il ne savait pas pour combien de temps, peut-être juste ces quelques minutes, ou jours, mais le fait qu'elle soit entrée lui faisait un bien fou, no matter how long.

No matter how long.

Une nouvelle personne, alors que trop longtemps, il aurait regardé par le judas, et serait reparti sur la pointe des pieds. Il savait que c'était ce dont il avait besoin, là, juste maintenant, et que pour une fois, il n'avait pas envie de retenir son souffle. Il savait qu'à cet instant précis, s'il ne s'était pas levé pour aller la rejoindre, il l'aurait regretté bien trop souvent. Il n'avait pas envie non plus de se tourner vers lui, de se demander encore une fois ce qu'elle pouvait bien penser de lui. Il garderait cela pour plus tard.



Disparue

Je ne la connaissais pas, je ne l'avais même jamais vue et lui prêtais mille visages quand il m'arrivait de penser à elle. J'étais son endroit, elle était mon envers. elle était aussi mon endroit et j'étais l'envers de l'étoffe qui éait notre lot commun et que, fil à fil, avec obstination, je tissais.
Un jour enfin, et pourquoi celui-là ? elle m'a fait ce cadeau, elle m'a fait cette grâce : je l'ai vue. elle avait le visage du manque et celui de l'absence et j'ai su que c'était elle et j'ai su que je l'.
Alors, de ses mains blondes, avec douceur, avec tendresse et avec fermeté, elle a déchiré le masque de dentelle noire qui collait à ma peau et me faisait un visage. Elle l'a emporté, m'a souri, puis m'a dit qu'elle voulait partir, qu'elle voulait aller, qu'il était temps, que maintenant j'allais pouvoir la détacher, défaire nos cordes, la laisser enfin vivre sa vie et vivre sa mort. Alors je l'a laissée. Je l'ai laissée partir, je l'ai laissée s'en aller, là ou elle voulait aller, là ou pourrait s'accomplir son destin, là ou j'avais choisi de l'ignorer, elle avait toujours voulu être et ou, finalement, elle avait toujours été.