Daengue...
Par Dale Coooper

Par Dale Coooper

Par Dale Coooper
Imaginez, 2h30 du matin au milieu de la nuit la plus chaude de juin : il se réveille sans raison et regarde sa montre dans la lueur de la lune. Sa bouche est aussi sèche que ses yeux alors qu'il se bat pour se lever, et il s'arrête de contempler les cuisses de sa femme pour reboutonner son haut de pyjama. Il trouve ses chaussons là où il les a laissés sous la chaise derrière 2 mugs et une vielle édition de Marie Claire, et déambule hors de la chambre. Il appuie sur le bouton "on" de la machine à café, qui - bien-sûr - fonctionne à merveille. Il surprend son reflet dans l'éclat stainless steel de l'engin, et c'est un visage qu'il connait bien, malgré qu'il dût paraître moins maltraité, surtout avec ces hydratants et tous ces produits pour la peau dont il a deja usé et abusé. Il traverse la cuisine, -un hommage à l'inventeur du métal brossé-
sur le nouveau revêtement de sol en pin en plastique, mais qui fait illusion, dépasse dans le salon sa télé plasma avec écran cinéma et le son surround, et s'arrête à son endroit favori près de la fenêtre. Il regarde en bas, sur la rue éclairée d'orange au coin de son parking privé, où son audi TT l'attend en sécurité dans la pénombre... Il garde tout à l'interieur, mais s'il pouvait, il raconterait tout, quitte à perdre son train de vie idéal...
A ce moment il peut entendre le carillon tinter au vent sur le balcon, et son téléphone beepe sur la même note pour lui signaler un sms. Il Vérifie, et c'est Jill, celle qui était jadis sa secrétaire, avant qu'ils ne se lancent dans une liaison et que le tout devienne vraiment flippant. Aujourd'hui sa femme Mary est lasse de tous ses mensonges, comme si elle avait lu toute cette histoire sordide dans ses yeux des milliers de fois. Et puis le fait qu'il lise maintenant que Jill soit en retard de 2 semaines n'aide en rien son affaire, et son état mental commence vraiment à se gâter (ndlr :dégénérer, s'avilir, se corrompre, se dégrader, se pervertir, déchoir, décliner, dépérir, diminuer, s'affaiblir, s'étioler, se faner, péricliter, s'anémier, s'atrophier, s'altérer, empirer, s'envenimer, s'aggraver, se gâter, moisir, s'abîmer, s'assombrir, se brouiller, pourrir, croupir, se décomposer, se faisander, se dénaturer, se putréfier, se vicier, rancir, se gangrener, se nécroser, s'avarier, souffrir, je n'ai pu choisir).... Il n'a jamais vraiment su comment il a pu s'éloigner autant des ornières qu'il avait lui même creusé, ou même pourquoi il est aujourd'hui encore plus cassé que toutes ces promesses qu'il a voulu tenir un jour.
Et ça fait des lustres qu'il n'a pas dormi. Correctement tout du moins, ses sommeils étant toujours interrompus par ses rêves d'activités extra-maritales. Il essaye néanmoins de retrouver le ravissement dont il jouissait au milieu de ses aquisitions matérielles, et ses sessions interminables de psychothérapies au détail... Mais en vérité, il aurait mieux fait de bien écouter ce que son père lui a dit avant de mourir : "les meilleurs choses dans la vie sont celles que tu ne peux pas acheter mon garçon..."
Dire qu'avant il se sentait si protégé dans son tombeau sponsorisé par Ikea, si loin des cris, des loubards et des filles à la moue surpeinte, des folles en costumes et des gosses dans leurs nikes fraiches sorties de leur boite qui balancent des cailloux sur les maison de la rue d'en face, sur leurs vtt tout rouillés...
Il est tombé là, s'est jeté sans un bruit, sans un cri, droit comme un i, fier et con comme son titre sur sa carte de visite, désabusé mais enfin maître de son destin pour la première fois depuis ces 8 derniers mois.
Strategic.
Sales.
Executive.
Business.
Manager.
Bullshit.
Dead.
Par Dale Coooper

Par Dale Coooper
Par Dale Coooper


Par Dale Coooper
Il avait eu envie d'elle tout le jour. son esprit s'étreignait. Il aurait voulu lui faire l'amour là, alors que la nuit s'installait, tout juste dessous cet arbre.
Ils étaient trempés, à peu près autant par la pluie chaude qui tombait droite et lourde, que par le bain improvisé dans ce lac au couché du soleil.
Il se disait que ce n'était pas lui manquer de respect que de vouloir la faire basculer avec lui, dans la mousse tendre, entre les racines de la mangrove. Tout s'y prêtait à ses yeux. Ils étaient bien, il faisait bon, et ce baiser qu'il avait déposé au coin de son sourire lui donnait une incroyable impression de bien-être.
Alors pourquoi s'arrêter là ? Pourquoi ne pas lui montrer qu'il la désirait comme personne ? Il se persuadait tout seul sans avoir envie de gâcher l'instant, et la serrait un peu plus fort dans ses bras.
Il ne pleuvait plus maintenant, et leur regard s'éteignait à mesure que la nuit tombait. Pourtant ils ne se quittaient pas des yeux, et tout autour d'eux semblait converger dans ce tunnel formé par cette étreinte visuelle.
Tout se passait là.
Les sourires en disaient à peu près autant que leurs silences, et même les cris de la faune rythmaient ce moment, presque figé.
Les corps figés, les regards figés, les coeurs figés.
Elle posait sa tête au creux de son cou, et il aimait se dire que sa jolie chevelure lui rafraîchissait la joue à mesure qu'il laissait tomber son visage contre ses cheveux. C'était doux, elle sentait l'ambre et goûtait le sel. La lune lui donnait à présent une couleur d'ivoire, et la pluie qui se remettait à tomber venait frapper en reflets luisants ses hanches pleines.
Ses formes se dessinaient sous le coton léger et détrempé de ses habits. Il la sentait s'endormir contre lui. Son coeur battait plus lentement que jamais et il sentait qu'elle respirait profondément, insouciante et calmée par l'étreinte qu'il tenait autour d'elle.
Alors qu'il posa sa main sur son ventre pour mieux sentir sa respiration, elle ouvra les yeux grand, comme lors d'une renaissance. Il regrettait déjà son geste, mais elle roula sur lui, ses genoux de chaque coté de ses hanches, ventre contre ventre, torse contre torse. Elle posa ses mains sur ses joues, et l'embrassa comme la plus intense des demandes. Il la serra fort, et sans même un effort ils se retrouvèrent nus, s'emboîtant l'un l'autre, si naturellement qu'il souriait d'avoir douté de lui, d'eux, d'elle.
Les plus doux baisers étaient échangés, les caresses n'arrêtaient plus, et les emprises grandissaient à mesure que leur souffle puis leurs gémissements se faisaient présents.
Il s'aimèrent toute la nuit, s'endormant l'un dans l'autre, puis souvent, dans un sursaut, se rappelant que cette nuit là serait peut-être la seule, ils recommençaient à se donner du plaisir, sans jamais se lâcher, sans jamais se décoller, sans jamais faiblir sous la lune et la pluie qui venait régulièrement réveiller leur désir.
Ils s'offraient tous les deux, comme une marque de confiance, comme un merci salutaire et réciproque, comme pour remplacer ces mots qu'ils ne trouvaient jamais, comme pour se dire qu'une fois encore, ils se comprenaient.
Par Dale Coooper
J'entends encore l'onde sensuelle de ta bouche sur la mienne. C'était si fort, c'était si beau, la philosophie de ton souffle entre mes mots. Les plumes volent encerclées par tes ondes, mes habits collent, faut qu'j'm'innonde. Mais je n'sais plus où donner du crâne, ça n'répond plus, j'attends la panne.
Mais comment t'atteindre, onde sensuelle ? Toi qui me donnes des ailes... Pourrais-je te rendre un jour éternelle ? Pour nous lier jusqu'au ciel...
Tes doubles sens si romantiques m'ont troublé, onde magique... Y a-t-il un sens à ta venue ? As-tu un nom? Moi non plus...
Par Dale Coooper
Je ne vois pas bien le message derrière le fait que mon poisson ait attendu le jour de la Saint-Valentin pour se laisser mourrir (et ce après des mois de lutte et sans rien manger), mais voila c'est fait. Paix à ses branchies.
Et puis de toutes façons hein, je ne suis pas superstitieux, ca porte malheur ! (On va dire ça...)
Par Dale Coooper
Donc, au début, elle sourit.
C’est un sourire discret, presque imperceptible, de ceux qui se forment sur le visage parfois, sans qu’on le décide, qui surgissent sans qu’on les commande, qui ne semblent reliés à rien en particulier, qu’on ne saurait pas forcément expliquer.
Voilà : c’est un sourire de presque rien, qui pourrait être le signal du bonheur.
Ce contentement qui lui échappe, c’est peut-être juste parce qu’elle porte la robe rouge, à manches courtes, qu’elle affectionne, qui lui affine la taille, qui lui donne la silhouette qu’arboraient les femmes américaines des réclames, dans les années cinquante. Elle se sent bien dans cette robe, encore belle, encore désirable. Elle a le sentiment d’être légère, et qu’un homme, de préférence Norman, pourrait la prendre par les hanches et la soulever sans effort dans les airs. Elle aime se sentir légère : cela lui rappelle sa jeunesse. Non qu’elle soit vieille, trente-cinq ans dans quelques mois, mais on ne parle déjà plus d’elle comme d’une « jeune femme » et on s’adresse à elle d’un « madame » plutôt que d’un « mademoiselle ». Elle n’en est pas chagrinée, non, elle admet que les années passent, que son corps s’est un peu alourdi dans ces endroits qu’on peut toutefois dissimuler grâce à des vêtements habilement choisis, et qu’elle seule connaît aussi bien. Elle voudrait juste retenir un peu, tant qu’elle s’en sent capable, ce temps qui file et demeurer une femme qui accroche quelques instants les regards.
Oui, le sourire, c’est peut-être simplement pour ça : être désirable, encore.
Pourtant, Ben ne l’a pas regardée lorsqu’elle est entrée. Ben ne la regarde plus depuis des années. Depuis quand au juste ? Il s’est habitué à elle au point de ne plus avoir à la regarder, estime-t-il. Il la connaît si bien : que verrait-il qu’il n’ait déjà vu ? Et puis, entre elle et lui, ce n’est pas une affaire de séduction, ça ne l’a jamais été du reste, c’est une affaire de connivence. Aucun d’eux ne prétendrait qu’ils sont amis mais ce sont au moins des connaissances, ils s’aiment bien, ils savent un peu de la vie de l’autre, ils ont des réflexes et des souvenirs en commun. Ainsi, ils n’oublient jamais de raconter que Louise est entrée pour la première fois chez Phillies le jour exact où Ben y entamait sa carrière de serveur, il y a neuf ans de ça maintenant. Et c’est ainsi, il est toujours là, derrière son comptoir, qu’il astique mécaniquement d’un chiffon humide ; elle, elle vient toujours, avec la même régularité, dans ce café, qui est devenu son repaire autant que son repère. C’est vrai, Ben n’a pas regardé Louise lorsqu’elle est entrée chez Phillies mais qu’aurait-il vu qu’il n’ait déjà vu ?
Même sa robe rouge, il la connaît par cœur. Non qu’il la remarque souvent sur elle mais elle l’a achetée il y a longtemps déjà et elle la porte dans les occasions importantes ou quand elle a envie de plaire. C’est ça qu’il s’est dit, en vérité, lorsqu’elle est entrée : Louise a envie de plaire ou bien il y a un événement à fêter. Norman doit être pour quelque chose dans le choix de cette tenue.
Il apprécie Norman, même s’il n’en ferait pas, loin de là, son meilleur ami : trop guindé, peut-être, et puis un je-ne-sais-quoi qui l’a toujours dérangé, comme une insincérité, ou un égoïsme, il ne pourrait pas être plus explicite. Ça n’a pas beaucoup d’importance, d’ailleurs, ce qu’il pense de Norman. Louise est une grande fille, elle sait ce qu’elle a à faire et ça ne changera pas sa vie, à Ben, s’ils se décident enfin à vivre ensemble, elle et ce type.
Des mois tout de même qu’elle a commencé, leur aventure. Louise est rarement aussi persévérante, aussi constante. En général, ses amours durent beaucoup moins longtemps, sans qu’on sache jamais si c’est elle qui quitte ou qui est quittée. Cela doit être plus important que d’habitude, vraisemblablement. C’est plus compliqué aussi : drôle d’idée d’aller dégoter un homme marié quand il y a tellement de célibataires. Après tout, c’est elle que ça regarde.
C’est exactement ce qu’elle pense. Elle est joyeuse de ce qui lui arrive mais elle sent bien que Ben ne manifeste pas autant de curiosité pour cette histoire que pour les précédentes. Peut-être blasé, le barman. Rien de grave à ce qu’il s’y intéresse moins : son opinion n’est pas décisive, évidemment, mais elle apprécie que Ben la rassure. Elle a fini par s’habituer à ses encouragements, à son silence et à ses airs énigmatiques qu’elle peut interpréter comme ça l’arrange.
« Je ne sais pas à quelle heure Norman sera là. Je l’attends, vous savez ?
— Vous n’avez pas fixé d’heure précise pour votre rendez-vous ?
— Non, il a simplement dit qu’il passerait dès qu’il aurait terminé ce qu’il a à faire. »
Ce qu’il a à faire. Elle a une manière d’énoncer les choses qui s’apparente étrangement à un mensonge. Mais pouvait-elle véritablement divulguer à Ben ce que Norman a à faire, et qu’il devrait avoir terminé incessamment ? Non, pour sûr. Ils n’ont pas une intimité suffisante et puis Ben s’en fiche certainement comme de sa première Budweiser. Surtout, Louise se sent superstitieuse, ce soir : elle a l’intuition qu’il est important de ne rien dévoiler pour ne rien faire capoter. Elle est consciente que seuls les enfants adoptent ce genre d’attitude, qu’une adulte raisonnable ne saurait s’en remettre de la sorte à un dieu farceur. Il faut croire que ses craintes l’emportent sur son légendaire jugement.
D’un regard lent, elle embrasse le territoire du café, histoire de songer à autre chose, de se débarrasser de ses obsessions, de ses pressentiments. Pas grand-chose à contempler : comme à l’habitude, le dimanche soir, le café est désert. Juste Ben et elle. Et la lumière par la baie vitrée, la belle lumière de septembre.
« On a toujours de belles arrière-saisons, vous ne trouvez pas ?
— Sûr. Les gens feraient mieux de venir maintenant, plutôt que de s’agglutiner en août, sous la canicule. Verraient comme c’est plus agréable. Vous me direz : s’ils venaient en septembre, c’est septembre qui serait un enfer. »
Ben est coutumier de ce genre de remarque, qui hésite toujours entre le bon sens et l’absurde, de sorte qu’on ne sait jamais s’il est tout à fait idiot ou seulement malicieux et ironique. En tout cas, ça le fait sourire. Il est content de lui. Du coup, il essuie ses verres avec davantage d’ardeur. Il pense à tous ces gens qui viennent de tellement loin parfois pour voir à quoi ressemble ce bras qui s’avance sur l’océan et où il a élu domicile. Cinq cents kilomètres de littoral, tout de même, ça n’est pas rien. C’est que Cape Cod est un petit paradis. Des plages, du sable blanc, des dunes, des falaises : on comprend que les touristes fassent le déplacement et que les gens de Boston achètent une maison dans les environs. Bon, bien sûr, Chatham, ça n’est pas la partie la plus huppée du Cap, beaucoup de motels bon marché dans les parages, de fast-foods où il fait bon ne pas manger, de supermarchés bas de gamme où on vend un peu de tout, mais si on persévère, si on va au-delà du tout-venant, on finit par repérer les endroits qui ont du charme. Et puis, le café de Phillies bénéficie d’une bonne situation, un peu à l’écart de l’agitation, à quelques encablures de l’océan, qu’on aperçoit par la baie vitrée. Ben se souvient que l’endroit lui a plu au premier regard quand il y est entré, il y a neuf ans. C’est pour ça qu’il est resté. Serveur, ce n’est pas le boulot dont il avait rêvé mais il mène une existence tranquille que beaucoup de gens plus riches pourraient lui envier.
Il s’entend bien avec ses clients aussi, des habitués pour la plupart. Comme Louise Cooper. Il s’est créé une sorte de lien avec eux. Oui, c’est ça, il se sent relié à eux, il ne saurait pas être tellement plus précis. C’est comme une fraternité, en somme. Cette seule certitude le rend joyeux.
« Ben, ça vous ennuie vraiment de me servir mon Martini ?
— Pardon, Louise. Je me demande bien où j’ai la tête aujourd’hui. »
Elle boit du Martini blanc. Toujours. Il ne lui a jamais vu boire autre chose. C’est saisissant, une telle fidélité. Il y en a qui seraient passés à d’autres alcools, ou qui s’essaieraient à varier les plaisirs. Elle, non. Elle ne s’est jamais départie de cette habitude et, malgré les années, cela continue de surprendre Ben. Au moins, il y voit un avantage : il n’a plus besoin de lui demander, lorsqu’elle s’installe au comptoir, ce qu’elle entend commander. Il la sert mécaniquement, sans se poser de questions. Tout de même, au fond de lui, et sans jamais le lui avoir confessé, il attend le jour où elle entrera et commandera autre chose. Il essaie de se tenir prêt pour ce jour-là, qui arrivera peut-être, qui sait ? Pourtant, il devine que, si cela devait survenir, il ne manquerait pas d’en être absolument abasourdi.
La vie est dans ces détails, pensent-ils de concert. La vie est dans ces instants de presque rien, dans ces rites ordinaires, dans cette familiarité. Louise et Ben, chacun à sa manière, semblent ne rechercher rien d’autre que ça. Ils pourraient être heureux si l’existence n’était que la succession de ces moments simples et sereins. Ils pourraient être heureux s’il y avait toujours la belle lumière de septembre sur les falaises de Cape Cod, toujours les dimanches soir dans le café désert.
Louise est touchée par la distraction de Ben, qui l’a toujours étonnée puisqu’elle avait l’idée qu’un serveur de bar est nécessairement quelqu’un qui a une mémoire d’éléphant, une souplesse de gazelle, des réflexes de guépard. Ben est presque le contraire de tout ça : il est généralement oublieux, lent. Son air d’être toujours un peu dans la lune, un peu en retard, ce décalage infime dans ses mouvements, ça lui a plu dès le premier instant et elle le remercierait presque de n’avoir pas changé.
Elle l’asticote régulièrement au sujet de sa balourdise, de sa distraction et lui, il s’insurge à chaque fois, dément ces accusations qui lui paraissent spécieuses, prétend qu’il est un très bon serveur, qu’il fait très bien son métier. Et d’ailleurs, Phillies n’a jamais eu à se plaindre de lui. Pourtant, elle n’est pas une patronne facile, elle aurait vite fait de le mettre à la porte si elle n’était pas satisfaite de ses services. Elle ne plaisante pas avec ça, Phillies. C’est alors au tour de Louise de lever les yeux au ciel, rappelant que Phillies est une crème, la meilleure des femmes, qu’elle ne ferait pas de mal à une mouche, qu’elle a pris Ben sous son aile et qu’il est sa croix, celle qu’elle devra porter jusqu’à la fin de ses jours. Normalement, à ce moment-là, Ben est furieux et tous les deux éclatent de rire. Ils jouent ce jeu depuis bientôt dix ans et ils ne s’en lassent pas.
Ben s’empresse donc de servir son Martini blanc à sa cliente et en profite pour entamer une sorte de conversation puisqu’il n’y a pas grand-chose d’autre à faire que de parler de tout et de rien dans ce café abandonné de tous.
« J’ai lu dans le journal qu’ Un profil détourné ouvre la nouvelle saison théâtrale à Boston. Vous devez être rudement contente.
— Oui, ça va finir par devenir un classique, si on n’y prend garde. Ce n’est pourtant pas la pièce que je préfère. Je vais même vous faire un aveu : au début, je croyais que personne n’en voudrait. Quand je l’ai proposée, je m’attendais vraiment à des refus. J’en ai été la première surprise. Au fond, on est souvent son plus mauvais juge. »
Louise Cooper écrit des pièces de théâtre. Elle travaille en ce moment à l’écriture de la sixième. Elle est un auteur reconnu : Ben est très fier d’elle. Il s’arrange toujours pour savoir si une des créations de Louise est jouée dans le pays. Lui qui ne s’intéressait à rien, sauf aux matches de base-ball, s’est mis à s’intéresser au théâtre après sa rencontre avec Louise. Pour lui, elle est une sorte de gloire locale et il s’enorgueillit qu’elle ait choisi son café à lui. Alors, il lit les articles qui paraissent, il se tient informé, et à chaque fois qu’une nouvelle pièce est montée, il se fait un devoir d’assister à la première. Désormais, il est un privilégié : Louise lui procure systématiquement un carton d’invitation et il est toujours bien placé. Il a même accès au cocktail privé donné après la générale. Pour ces jours-là, il met ce costume qu’il ne porte qu’aux mariages et aux enterrements. Les deux premières fois, quand même, c’est lui qui a payé sa place.
Il ne serait pas capable de disserter à propos du théâtre. Les pièces de Louise sont les seules auxquelles il ait jamais assisté. Il sait juste qu’elles lui plaisent, il passe un moment agréable, c’est une sortie importante pour lui. Il se sent encore impressionné par la foule des premières, par les tentures, les ors des théâtres, il n’est pas très à l’aise, mais dès que le rideau s’ouvre, il est l’égal de tous les autres et sa joie ne se discute pas.
« C’est bien vrai que vous êtes votre plus mauvais juge. Moi, je vais vous apprendre quelque chose : Un profil détourné, c’est celle que je préfère. Cette femme qui perd son fils, moi, elle me bouleverse.
— Oui, peut-être, je ne sais pas. »
Ben connaît les titres des cinq pièces par cœur, comme si c’était lui qui les avait trouvés. Il ne parle jamais d’une pièce en disant : « Vous savez bien, celle où une femme perd son fils. » Il cite le titre exact. Il pourrait même préciser quand la pièce a été créée, et où, et qui en étaient les interprètes. Il connaît le nombre des représentations. À certains égards, il est le gardien de la mémoire. En secret, il tient des fiches mais ça, il n’a jamais osé l’avouer à Louise.
Elle, elle s’amuse de ce culte enfantin que Ben lui voue. Pourtant, en fin de compte, ça la rassure, ça ne flatte pas sa vanité car elle n’est pas ainsi faite mais ça lui fait plaisir. Elle se dit que, dans la vie de Ben, il y a le base-ball et son théâtre à elle. Un auteur peut-il en espérer davantage ?
Elle ne s’était pas imaginée, tout d’abord, en auteur à succès. Elle a espéré longtemps devenir comédienne. Elle a suivi les cours de la Boston School of Arts, passé des auditions, interprété des petits rôles dans des comédies convenables et des rôles plus importants dans des tragédies ratées, couru le cachet. Un jour, elle avait vingt-six ans, elle s’est rendue à l’évidence : elle ne serait jamais une actrice reconnue. Elle a tout abandonné du jour au lendemain. Elle a vécu cet abandon comme une reddition. Pour donner le change, aux autres comme à elle-même sans doute, elle a expliqué que ce métier était celui qui avait le plus fort taux de chômage et qu’elle ne pouvait pas se permettre plus longtemps une telle précarité, que la chance n’avait pas voulu lui sourire. Cependant, dans sa reddition, il entrait une part non négligeable d’amertume. On ne renonce pas si facilement à l’enfance, aux rêves de l’enfance. Aujourd’hui, alors que près de dix années se sont écoulées, elle est disposée à reconnaître qu’elle n’était peut-être pas une bonne comédienne. Et puis, la vie l’a comblée : elle travaille pour le théâtre, elle gagne bien sa vie, la critique est généralement élogieuse. Ça n’a pas toujours été aussi facile : elle se rappelle l’époque des vaches maigres. Elle n’a pas le sentiment d’avoir pris une revanche, simplement d’avoir réussi à entrer dans l’ascenseur juste à l’instant où la porte se refermait.
Ben connaît tout cela parce qu’il est arrivé à Louise de s’épancher, certains dimanches soir plus délicats que d’autres, après plusieurs Martini. Il s’est toujours contenté de l’écouter, sans ponctuer ses phrases. Il a la conviction que les serveurs de café doivent être affables et discrets. Il comprend un peu cette affaire de renoncement, le regret de ce qui n’a pas été accompli, ce deuil de la jeunesse. Il sait que ça a à voir avec les blessures intimes, les souffrances personnelles, pas celles qui font mal comme une coupure ou une fracture, plutôt celles qui lancent comme un rhumatisme. Et puis, l’existence de Louise Cooper lui paraît une indéniable réussite. Passer ses journées à écrire, devant l’océan, connaître le succès, boire des Martini, choisir ses amants : tout de même, il y a des sorts moins enviables.
Elle ne souhaiterait pour rien au monde être de ces femmes aigries et elle ne l’est pas, parce que, si elle ne mène pas tout à fait la vie qu’elle aurait choisie, elle n’a aucune de celles qui lui faisaient horreur, ces vies de confort et de conformisme, toutes tracées, remplies de maris, d’enfants, d’écoles, de supermarchés, de voitures, de maisons secondaires, de beaux-parents dominicaux, de régimes alimentaires et de couples amis. Elle aura échappé à ça, cette abomination ordinaire, et combien peuvent en dire autant ?
Ce qu’elle aime chez Norman, c’est ceci, précisément : son existence décalée, ses revendications de liberté, ses passions qui l’enflamment, tout ce qui sort de l’ordinaire. Lui est comédien de toutes ses fibres, et jusque dans ses hystéries, ses jalousies, ses élans amoureux. Il ignore la tiédeur. Ses plus petites déconvenues deviennent des drames indépassables. Ses moindres succès virent au triomphe absolu. Norman n’est jamais fatigué mais épuisé, jamais joyeux mais extraordinairement comblé, jamais mélancolique mais affreusement triste. Cela pourrait être horripilant mais, parce qu’il est doté d’un charme fou, c’est simplement merveilleux. Sans le théâtre, ils ne se seraient jamais rencontrés. C’est Norman qui a tenu le rôle principal dans Un matin à New York pour la création à Broadway. Elle se souvient d’être tombée amoureuse de lui à la première réplique de la première répétition. Elle concède que le bleu malicieux de ses yeux et la fluidité de sa silhouette y ont fait pour beaucoup.
Cette seule pensée la ramène, comme par réflexe, à son désir de lui plaire, d’être belle pour lui. De son sac à main, posé sur le tabouret de bar installé juste à côté de celui où elle a pris place, elle extrait un miroir de poche, qu’elle place devant sa bouche. Elle s’empare alors distraitement et avec une assurance déconcertante pour qui l’observerait à cet instant précis d’un tube de rouge qu’elle décapuchonne. Elle remet un peu de rouge sur ses lèvres, et les mouille. Elle fait ce geste exclusivement féminin : elle passe sa langue sur ses lèvres pour les mouiller, puis elle observe, comme si sa vie entière en dépendait, la blancheur de ses dents. Quand elle a fini, elle repose le miroir à l’intérieur de son sac, et elle ajuste sa chevelure. Voilà : elle est belle à nouveau. Ben dirait que c’est une femme qui a de l’allure.
Elle jette un coup d’œil nerveux à sa montre. Il est déjà plus de dix-huit heures. Norman a beau lui avoir indiqué qu’il ignorait tout à fait l’heure à laquelle il serait en mesure de la rejoindre, compte tenu de ce qu’il a à faire, elle ne peut s’empêcher de considérer qu’il est déjà en retard. Elle espère qu’il viendra vite maintenant, et qu’elle n’a plus très longtemps à attendre. La lumière décline un peu dans le café : derrière la baie vitrée, des nuages ont fait leur apparition et voilent imperceptiblement le soleil du soir. Les arrière-saisons ont parfois quelque chose de déchirant.
Par Dale Coooper
Elle me désire. Et il ne se passe pas 3 minutes sans qu'elle me le dise ou me le fasse comprendre. Pour elle, passer le temps d'un coup de fil décollé de moi, c'est un gâchis qui lui laisse des séquelles douloureuses.
S'endormir sans me faire l'amour, c'est un peu comme boire un coca tiède. Butter dans un trottoir avec une paire d'escarpins neufs. Ne plus avoir d'après shampooing.
Dans son regard, il n'y a jamais de reproches, jamais de jugement. Juste des conseils, des demandes. Elle a les yeux brillants quand elle me regarde, et ne peux s'empêcher de me respirer, se frotter, me mordre.
Elle, quand elle marche dans la rue, elle se retourne de temps en temps au cas où je ne serais pas loin, où je me cacherais au coin de la rue, derrière une voiture, ou sous la table d'une terrasse de restaurant.
Elle, quand il lui arrive de ne plus penser à moi, elle se mord les lèvres, par reflexe. Et quand je reviens à ses pensées, elle se suce la langue pour ne pas avoir à m'oublier encore. Quand Elle rentre, elle me cherche partout, et se jette sur moi si j'ai le bonheur de me trouver là. Ses mains m'envahissent tout le temps, j'ai à peine le temps de lui raconter les choses qui ont fait que ma journée sans elle fut pénible. Pour elle, ce n'est que perte de temps, et quand je suis là, elle n'a plus de temps à perdre.
Elle ne me laisse pas partir si facilement. Elle se fâche, m'ordonne de revenir, vient me chercher. Elle crie, elle hurle, et ne se calme que lorsque je m'occuppe de ses désirs débordants. Elle me veut. Juste moi, et pour elle toute seule.
Par Dale Coooper
J'ai vu Cherry pour la première fois alors qu'elle n'avait que 17 ans. Sa blondeur inspirait presque une innocence angélique à des lieues de sa réputation sur le campus. Cherry était cheerleader des pumas, et prenait son métier à bras le corps. Ou même ses bras autour des corps de son équipe adorée. Dans tout l'état, on le savait : Cherry Wingfield savait prendre soin de ses joueurs, aussi bien avant le match qu'après...
nous nous sommes rencontrés à la grande cérémonie annuelle des university sports awards, l'année ou j'ai reçu la récompense de meilleur quaterback du middle-west. Cherry est tout de suite tombée amoureuse de moi, alors qu'on m'épinglait ma médaille. "Tu ressemblais à mon père lorsqu'il a reçu ses médailles pour ses exploits au vietnam" m'a t-elle avoué un peu plus tard. "Fier, déterminé, charismatique, j'ai tout de suite su que c'était toi...".
Derrière ses atotus physiques qu'elle mettait souvent en avant, Cherry était une grande romantique. Quand nous baisions, jusqu'a 4 fois par jour, cherry me suppliait de l'épouser, de lui faire de beaux enfants, et m'assurait en me prenant dans sa bouche que c'est le traitement qu'elle me réservait chaque jour que dieu ferait, si je lui passais la bague au doigt.
Quelques jours après son 18e anniversaire, tout le campus était au courant que je lui avais offert une bague, et je fus le premier étonné d'entendre parler de fiançailles. Cherry était comme ça, quand elle voulait quelque chose, elle l'obtenait. Je me rapelle que c'est à l'occasion d'une douche un peu trop chaude dans les vestiaires du gymnase, que j'ai accepté de l'épouser. Ses parents étaient déja au courant, me trouvaient formidable, et la nuit suivante, nous parlions déjà du plan de table, du chemin de table, des fleurs, de sa demoiselles d'honneur qu'il fallut appeler au milieu de la nuit, et de la maison de campagne que ses parents allaient nous donner en cadeau symbole de notre amour.
La cérémonie était somptueuse, et Cherry n'avait jamais eu de plus beau sourire. Elle était heureuse, et moi aussi j'imagine.
Le voyage de Noce à Cape Cod à peine terminé, j'ai arrêté mes études pour accepter une place en or dans l'entreprise de logistique de mon beau père. Je sais que mes parents ont désaprouvé ce choix, et que non seulement ce n'était pas le domaine auquel je me destinais, mais qu'en plus j'ai du arrêter le football, mais c'était bien payé, et je m'assurais plus ou moins un avenir sérieux.
Et puis Cherry n'a pas voulu continuer ses études, commentant qu'elle serait mieux à la maison à s'occupper de notre enfant, Taylor. C'est comme ça que je l'ai appris, alors qu'un matin j'ouvrais un paquet contenant le "tire-lait sans douleur du docteur Bergstein". D'un regard et d'une mou ravageuse, elle a su balayer mes soupirs désaprobateurs quand je lui demandais depuis quand elle avait arrêté la pilule contraceptive. Elle me dit que depuis trois mois, elle avait laissé tombé, qu'elle était enceinte depuis 2 mois, et qu'elle comptait me faire la surprise le lendemain. Elle m'entraîna sur le lit, et me fît l'amour comme jamais. "Taylor, c'est un joli prenom, et il ira aussi bien à une fille qu'à un garçon" aquiéssais-je sur l'oreiller. Ce fut une des dernières fois que je la touchais.
Cherry se mit à acheter tout ce qui se présentait devant ses yeux sur le shopping channel. Des magic mixer, des sculpt-abdos pour quand elle aurait accouché. Des sets de batteries de cuisine et des couteaux japonais. Des nappes rectangles anti-insecte, des "oreillers tendresse". Des soudes sacs thermique, un body twister, et une machine a tricoter. Et bien sûr, la brosse déodorisante canine pour Butterfly, le caniche nain que lui avait offert sa mère.
Cherry à commencé à ne plus vouloir sortir de la maison dès le 6e mois de sa grossesse, par mesure de précaution. De l'autre coté, mon beau père comptait beaucoup sur moi au boulot, mais me ramenait toujours à la maison le soir, même lorsque le plus souvent, nous terminions après 22h. J'avais espoir, -Jack m'encourageait dans ce sens- et je visais le poste de superviseur national. "Vous travaillez bien, ma fille a de la chance, j'ai toujours été un modèle pour elle, je suis content qu'elle ait trouvé un prolongement de cela à travers vous...". Quand je rentrais le soir, Cherry dormait déjà, les deux mains sur son ventre, qui prenait désormais beaucoup de place dans le lit entre nous !
Et puis Jack et AbiGail ont divorcés, Cherry a du rentrer à l'hopital au début de son 8e mois de grossesse tant elle a mal supporté la séparation de ses parents. Jack ne venait plus travailler et reposait toute la charge sur mes épaules. J'ai perdu 8 kilos, et Cherry notre enfant, suite à une prise un peu inconsidérée d'anxyolitiques. Cherry m'en a beaucoup voulu, de ne pas être là alors qu'elle sombrait avec notre progéniture. Jack n'a jamais su lui dire que je me démenais pour garder sa société à flots.
Et puis Abigail à réclamé ses parts de la société, et passait de plus en plus de temps chez nous, à se nourrir avec sa fille de toutes les saloperies qu'elle pouvait acheter sur le chemin. Leur alimentation consistait à ouvrir des paquets de sucreries, ou déboucher des bouteilles de scotch.
Cherry ne m'a plus jamais souri. Pourtant à chaque fois que je la voyais dans le canapé avec le chien, alors que je passais le pas de la porte en croisant Abigail qui partait, je la revoyais triomphante en haut de la pyramide, tenant son pied sans une main en hurlant pour encourager son équipe...
Quelques mois plus tard, l'entreprise de Jack mis la clef sous la porte, sous les pressions des avocats d'Abigail. Et moi avec.
Je suis rentré ce soir là, il y avait de l'agitation autour de la maison, des gyrophares qui m'aveuglaient. Je n'avais évidemment rien compris. Jack, qui serrait Abigail dans ses bras, s'est approché de moi avant que je n'atteigne le trottoir et m'a envoyé son poing de Colonel en pleine figure. "J'ai eu plus de compassion pour les viet congs que je n'en ai pour toi aujourd'hui ! Ne t'avise plus d'approcher Cherry, ou je te saigne de mes mains, petit con. Tout cela est de ta faute".
Derrière je voyais passer une civière poussée par les ambulanciers, et je reconnaissais la chevelure de Cherry, ma Cherry. A peine avais-je eu le temps de comprendre ce qui c'était passé, qu'un officier de Police m'aida à me relever en me conseillant de partir d'ici au plus vite "dans mon interêt", en précisant que je recevrais rapidement une convocation au poste de police. Puis il alla serrer la main de Jack et lui tapa dans le dos, en lui assurant qu'ils ne me laisserait pas m'en sortir comme ça. J'avais tout juste 21 ans.
Par Dale Coooper

Par Dale Coooper
Par Dale Coooper
Couché très tard, levé très tard. Chaleur sous le casque. Déambulations dans les halles. Tower zinger sur les marches devant les sculptures sur l'eau et ce mur dont je suis amoureux. Copinage et partage avec un gentil moineau. Marche odorante derrière Beaubourg, puis musée gratuit au 4e étage. fascination de ce nouvel endroit qui me parle à l'oreille. Mon premier Dali en Vrai. Oeil sur les toits, dans l'étuve des tubes qui grimpent et m'usent. Danse de rue sous le soleil de plomb. Photos. Rencontre. Retour dans mon antre frais. Rupture sensuelle et longue de mon abstinence douloureuse. Discussion salvatrice, corps emmêlés, par deux fois. 500 grammes de cerises grosses comme le poing à même le sol. Sucrées, juteuses, pourpres, douces. Le week-end, se termine. Sans ambiguité. Je m'endors avec le sourire. Couché très tard, levé très tard. Chaleur sous le casque. Déambulations dans les halles. Tower zinger sur les marches devant les sculptures sur l'eau et ce mur dont je suis amoureux. Copinage et partage avec un gentil moineau. Marche odorante derrière Beaubourg, puis musée gratuit au 4e étage. fascination de ce nouvel endroit qui me parle à l'oreille. Mon premier Dali en Vrai. Oeil sur les toits, dans l'étuve des tubes qui grimpent et m'usent. Danse de rue sous le soleil de plomb. Photos. Rencontre. Retour dans mon antre frais. Rupture sensuelle et longue de mon abstinence douloureuse. Discussion salvatrice, corps emmêlés, par deux fois. 500 grammes de cerises grosses comme le poing à même le sol. Sucrées, juteuses, pourpres, douces. Le week-end, se termine. Sans ambiguité. Je m'endors avec le sourire. Encore. J'en veux encore.
Par Dale Coooper
Quand on a du mal, quand on a mal, je crois que le mieux est de laisser aller. Laisser aller, laisser partir avec le flot, le courant, les marées. Je n'essuierais pas la bruine sur mes lunettes, ni le froid dans mon dos. J'irai juste me poser par là et attendre le coup de vent qui tourbillonera tout dans un souvenir voilé. elle non plus, elle ne se retournera pas; tout au pire, elle inspirera profondément ces bouffées qui la faisaient marcher un peu vite le soir en rentrant. Ensemble ils arriveront petit à petit à nager dans le sens du courant, à n'ouvrir les paupières qu'une fois sur deux, et s'offrir des sourires comme des explosions de joie. Et puis lui, celui qui reste, celui qui se recroqueville, qui voit vieillir le bon temps, mais qui finira toujours par se tenir la tête entre les mains. tout le monde lui posera des questions, mais comme à son habitude il haussera les épaules, pour mieux cacher son visage, et repartir les mains dans les poches. Je les regarde tous et je me reconnais dans chacun d'eux. J'ai souvent les mains dans les poches, je marche vite le soir en rentrant, et je n'essuie pas la bruine salée sur mes lunettes. Ni la buée.
Par Dale Coooper
ne pas savoir parler c'est parfois ennuyeux. Je ne sais pas parler. Les gens à qui je veux bien l'avouer me disent que non, mais le fait est là.
Je ne sais
pas parler.
Et puis à vrai dire, ca doit être parceque je n'aime pas trop ça. Ou le contraire. Je n'ai jamais eu beaucoup de pratique dans ce domaine. Ni
frère, ni soeur, j'ai passé mon enfance dans ma tête. Je ne me suis jamais ennuyé.
JAMAIS.
Alors ca n'encourage pas à parler. Je n'avais pas ou très peu d'amis, juste la fille de la voisine, avec qui je m'engueulais rapidement, sans doute pour pouvoir revenir faire mes constructions de lego chez moi plus vite.
Aujourd'hui c'est un peu pareil, j'ai peu de monde autour de moi. Donc toujours aussi peu l'occasion de parler. Et c'est tant mieux.
De ce fait je hais le téléphone. Et j'adore les sms.
Mais d'un autre coté, j'adore les gens bavards. Ils meublent mon manque de conversation. J'adore écouter, et je fais ca très bien. Et pas en baillant, faut pas croire. Si j'écoute, c'est que je suis attentif. Sinon, je ne suis pas là... J'aime écouter, comme j'aime regarder,
les mots me fascinent, et ceux qui les prononcent avec. Ces artistes de la phrase, ces pros de la rhétorique. CEux qui me causent, en bref. J'aime écouter. Ca doit être pour ça que quand je ne chantonne pas dans ma tête, j'ai un casque sur les oreilles. Me gaver de mots pour le jour ou je saurais parler.
C'est ennuyeux d'avoir à se justifier de ne pas savoir parler, presque humiliant. Mais notre monde moderne est comme ça, il faut communiquer, parler, parler, parler, même s'il faut raconter n'importe quoi. Je connais des gens comme ça, qui préfère dire la première connerie qui leur passe par la tête plutôt que de laisser un silence s'installer.
Moi je choisirais toujours le silence. Le silence, même dans une conversation ne me met pas mal à l'aise. Pourquoi faudrait-il parler si l'on a rien à dire ? Si l'on a rien à se dire ? Le silence a son propre langage, mais personne -ou si peu de monde- ne veut parler ce langage là. Profiter d'un silence pour se dire autre chose. Ecouter ensemble ce que le silence a à nous dire. Se regarder et chercher autre chose que des mots pour exprimer l'instant. Le jeu est moins facile forcément, mais les mots sont si volatiles. Les regards s'ancrent plus, comme les silences.
Alors après tout, je ne suis pas vraiment pressé d'apprendre à parler.
Bien sûr, parfois je me force. Je suis obligé. Et c'est là que les problèmes commencent. On me pose des questions, on veut savoir des choses. Alors je réponds, je dis des choses. La plupart du temps, je tombe à coté de ce que je voudrais vraiment dire, au mieux, ça sera inexact, au pire, ce sera n'importe quoi. Alors l'écriture s'impose. Elle est plus réfléchie, même dans l'urgence. Je crois que je paierais cher pour me voir greffer un fax à la place de la bouche. Quoique j'ai bien trop besoin de ma bouche pour manger et faire l'amour mais au moins, parler comme j'écris. Réunir ces deux voies qui vont pour l'une de mon cerveau à ma bouche et de l'autre, de mon cerveau au bout de mes doigts. Et enfin parler vraiment qui je suis.
Par Dale Coooper
Ils s'étaient donné rendez-vous dans cet endroit qu'il n'aimait pas trop. A vrai dire, pour lui, il y avait bien trop de monde, et il faisait bien trop jour. Il n'était pas très décontracté, mais il n'avait pas l'habitude des nouvelles rencontres.Il avait tout de suite remarqué chez elle une certaine fébrilité, un semblant de tremblement qui s'était vite estompé pour laisser place à un bien être, une aisance assez naturelle. Cela le rassurait.
Il n'avait pas osé la regarder. Dans son souvenir, elle portait ce jour là un haut noir, dont dépassait parfois des morceaux de dentelle qui attirait le regard. Un jean peut-être. Par contre, il était incapable de dire quel style de chaussure elle pouvait bien porter. Vraiment il n'osait pas la regarder, lui pour qui les chaussures sont l'essence même de la femme. Un mélange de culpabilité, de tout ce qu'il avait pu entendre dire sur ces garçons pas très discrets, et de respect.
Et puis, il n'avait jamais pu profiter des opportunités. Il n'avait jamais SU profiter des opportunités. C'était comme ça; si la volonté ne lui faisait pas défaut, le courage, lui, préférait se tourner vers ceux qu'il jalousait.
Par contre, elle ne portait pas de boucles d'oreilles, malgré deux petits trous. Il trouvait cela bizarre, et n'avait jamais pensé qu'en se perçant les oreilles, on était pas obligé de les orner tous les jours. C'était ridicule, une oreille percée pouvait bien rester nue. Il n'y avait juste jamais pensé.
Il écoutait ce qu'elle voulait bien lui raconter avec grand interêt, et tâchait de répondre à ses questions en évitant de raconter n'importe quoi, de baffouiller quelque chose d'embarrassant. Il s'entendait respirer, mais le fond de l'air frais et la décontraction de la discussion lui laissaient du répis. Il n'avait rien fait tomber de la table, il n'avait pas eu de geste malheureux, et aucun tic gênant n'était apparu subitement.
Et puis s'il n'osait la regarder, c'était à cause de ses yeux. C'était assurément la première chose qu'il avait vu/regardé alors qu'il avançait vers elle, quelques minutes auparavant. Lorsqu'il lui arrivait de croiser son regard, qu'il n'évitait pas, ses yeux prenaient tout l'espace. son champs visuel s'en trouvait diminué, comme la plus douce des migraines, comme cette hallucination qui l'attirait. Il n'avait jamais su trop parler, aussi il plaçait tous ses espoirs dans le regard, tout le temps. Non qu'il était gêné par les silences, mais il savait que les mots d'une conversation s'envolent bien trop vite.
Et c'était encore bien pire lorsqu'elle souriait. Il regrettait alors qu'elle fût maquillée, et qu'il ne pût profiter de son regard sans artifice.
Des gens passaient dans le fond, le temps passait aussi et il pensait qu'"agréable" était sans doute le meilleur mot pour qualifier ce moment. Il souriait, un peu bêtement sans doute, en se disant qu'elle venait de rentrer dans sa vie. Il ne savait pas pour combien de temps, peut-être juste ces quelques minutes, ou jours, mais le fait qu'elle soit entrée lui faisait un bien fou, no matter how long.
No matter how long.
Une nouvelle personne, alors que trop longtemps, il aurait regardé par le judas, et serait reparti sur la pointe des pieds. Il savait que c'était ce dont il avait besoin, là, juste maintenant, et que pour une fois, il n'avait pas envie de retenir son souffle. Il savait qu'à cet instant précis, s'il ne s'était pas levé pour aller la rejoindre, il l'aurait regretté bien trop souvent. Il n'avait pas envie non plus de se tourner vers lui, de se demander encore une fois ce qu'elle pouvait bien penser de lui. Il garderait cela pour plus tard.
Par Dale Coooper
Je ne la connaissais pas, je ne l'avais même jamais vue et lui prêtais mille visages quand il m'arrivait de penser à elle. J'étais son endroit, elle était mon envers.
elle était aussi mon endroit et j'étais l'envers de l'étoffe qui éait notre lot commun et que, fil à fil, avec obstination, je tissais.
Un jour enfin, et pourquoi celui-là ? elle m'a fait ce cadeau, elle m'a fait cette grâce : je l'ai vue. elle avait le visage du manque et celui de l'absence et j'ai su que c'était elle et j'ai su que je l'.
Alors, de ses mains blondes, avec douceur, avec tendresse et avec fermeté, elle a déchiré le masque de dentelle noire qui collait à ma peau et me faisait un visage. Elle l'a emporté, m'a souri, puis m'a dit qu'elle voulait partir, qu'elle voulait aller, qu'il était temps, que maintenant j'allais pouvoir la détacher, défaire nos cordes, la laisser enfin vivre sa vie et vivre sa mort. Alors je l'a laissée. Je l'ai laissée partir, je l'ai laissée s'en aller, là ou elle voulait aller, là ou pourrait s'accomplir son destin, là ou j'avais choisi de l'ignorer, elle avait toujours voulu être et ou, finalement, elle avait toujours été.