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quand on (du) mal

Quand on a du mal, quand on a mal, je crois que le mieux est de laisser aller. Laisser aller, laisser partir avec le flot, le courant, les marées. Je n'essuierais pas la bruine sur mes lunettes, ni le froid dans mon dos. J'irai juste me poser par là et attendre le coup de vent qui tourbillonera tout dans un souvenir voilé. elle non plus, elle ne se retournera pas; tout au pire, elle inspirera profondément ces bouffées qui la faisaient marcher un peu vite le soir en rentrant. Ensemble ils arriveront petit à petit à nager dans le sens du courant, à n'ouvrir les paupières qu'une fois sur deux, et s'offrir des sourires comme des explosions de joie. Et puis lui, celui qui reste, celui qui se recroqueville, qui voit vieillir le bon temps, mais qui finira toujours par se tenir la tête entre les mains. tout le monde lui posera des questions, mais comme à son habitude il haussera les épaules, pour mieux cacher son visage, et repartir les mains dans les poches. Je les regarde tous et je me reconnais dans chacun d'eux. J'ai souvent les mains dans les poches, je marche vite le soir en rentrant, et je n'essuie pas la bruine salée sur mes lunettes. Ni la buée.



I don't know, but you can fax my mouth

ne pas savoir parler c'est parfois ennuyeux. Je ne sais pas parler. Les gens à qui je veux bien l'avouer me disent que non, mais le fait est là.

Je ne sais pas parler.

Et puis à vrai dire, ca doit être parceque je n'aime pas trop ça. Ou le contraire. Je n'ai jamais eu beaucoup de pratique dans ce domaine. Ni frère, ni soeur, j'ai passé mon enfance dans ma tête. Je ne me suis jamais ennuyé.

JAMAIS.

Alors ca n'encourage pas à parler. Je n'avais pas ou très peu d'amis, juste la fille de la voisine, avec qui je m'engueulais rapidement, sans doute pour pouvoir revenir faire mes constructions de lego chez moi plus vite.
Aujourd'hui c'est un peu pareil, j'ai peu de monde autour de moi. Donc toujours aussi peu l'occasion de parler. Et c'est tant mieux.
De ce fait je hais le téléphone. Et j'adore les sms.

Mais d'un autre coté, j'adore les gens bavards. Ils meublent mon manque de conversation. J'adore écouter, et je fais ca très bien. Et pas en baillant, faut pas croire. Si j'écoute, c'est que je suis attentif. Sinon, je ne suis pas là... J'aime écouter, comme j'aime regarder, les mots me fascinent, et ceux qui les prononcent avec. Ces artistes de la phrase, ces pros de la rhétorique. CEux qui me causent, en bref. J'aime écouter. Ca doit être pour ça que quand je ne chantonne pas dans ma tête, j'ai un casque sur les oreilles. Me gaver de mots pour le jour ou je saurais parler.

C'est ennuyeux d'avoir à se justifier de ne pas savoir parler, presque humiliant. Mais notre monde moderne est comme ça, il faut communiquer, parler, parler, parler, même s'il faut raconter n'importe quoi. Je connais des gens comme ça, qui préfère dire la première connerie qui leur passe par la tête plutôt que de laisser un silence s'installer.
Moi je choisirais toujours le silence. Le silence, même dans une conversation ne me met pas mal à l'aise. Pourquoi faudrait-il parler si l'on a rien à dire ? Si l'on a rien à se dire ? Le silence a son propre langage, mais personne -ou si peu de monde- ne veut parler ce langage là. Profiter d'un silence pour se dire autre chose. Ecouter ensemble ce que le silence a à nous dire. Se regarder et chercher autre chose que des mots pour exprimer l'instant. Le jeu est moins facile forcément, mais les mots sont si volatiles. Les regards s'ancrent plus, comme les silences.
Alors après tout, je ne suis pas vraiment pressé d'apprendre à parler.

Bien sûr, parfois je me force. Je suis obligé. Et c'est là que les problèmes commencent. On me pose des questions, on veut savoir des choses. Alors je réponds, je dis des choses. La plupart du temps, je tombe à coté de ce que je voudrais vraiment dire, au mieux, ça sera inexact, au pire, ce sera n'importe quoi. Alors l'écriture s'impose. Elle est plus réfléchie, même dans l'urgence. Je crois que je paierais cher pour me voir greffer un fax à la place de la bouche. Quoique j'ai bien trop besoin de ma bouche pour manger et faire l'amour mais au moins, parler comme j'écris. Réunir ces deux voies qui vont pour l'une de mon cerveau à ma bouche et de l'autre, de mon cerveau au bout de mes doigts. Et enfin parler vraiment qui je suis.



Les oreilles nues

Ils s'étaient donné rendez-vous dans cet endroit qu'il n'aimait pas trop. A vrai dire, pour lui, il y avait bien trop de monde, et il faisait bien trop jour. Il n'était pas très décontracté, mais il n'avait pas l'habitude des nouvelles rencontres.Il avait tout de suite remarqué chez elle une certaine fébrilité, un semblant de tremblement qui s'était vite estompé pour laisser place à un bien être, une aisance assez naturelle. Cela le rassurait.

Il n'avait pas osé la regarder. Dans son souvenir, elle portait ce jour là un haut noir, dont dépassait parfois des morceaux de dentelle qui attirait le regard. Un jean peut-être. Par contre, il était incapable de dire quel style de chaussure elle pouvait bien porter. Vraiment il n'osait pas la regarder, lui pour qui les chaussures sont l'essence même de la femme. Un mélange de culpabilité, de tout ce qu'il avait pu entendre dire sur ces garçons pas très discrets, et de respect.
Et puis, il n'avait jamais pu profiter des opportunités. Il n'avait jamais SU profiter des opportunités. C'était comme ça; si la volonté ne lui faisait pas défaut, le courage, lui, préférait se tourner vers ceux qu'il jalousait.
Par contre, elle ne portait pas de boucles d'oreilles, malgré deux petits trous. Il trouvait cela bizarre, et n'avait jamais pensé qu'en se perçant les oreilles, on était pas obligé de les orner tous les jours. C'était ridicule, une oreille percée pouvait bien rester nue. Il n'y avait juste jamais pensé.
Il écoutait ce qu'elle voulait bien lui raconter avec grand interêt, et tâchait de répondre à ses questions en évitant de raconter n'importe quoi, de baffouiller quelque chose d'embarrassant. Il s'entendait respirer, mais le fond de l'air frais et la décontraction de la discussion lui laissaient du répis. Il n'avait rien fait tomber de la table, il n'avait pas eu de geste malheureux, et aucun tic gênant n'était apparu subitement.

Et puis s'il n'osait la regarder, c'était à cause de ses yeux. C'était assurément la première chose qu'il avait vu/regardé alors qu'il avançait vers elle, quelques minutes auparavant. Lorsqu'il lui arrivait de croiser son regard, qu'il n'évitait pas, ses yeux prenaient tout l'espace. son champs visuel s'en trouvait diminué, comme la plus douce des migraines, comme cette hallucination qui l'attirait. Il n'avait jamais su trop parler, aussi il plaçait tous ses espoirs dans le regard, tout le temps. Non qu'il était gêné par les silences, mais il savait que les mots d'une conversation s'envolent bien trop vite.

Et c'était encore bien pire lorsqu'elle souriait. Il regrettait alors qu'elle fût maquillée, et qu'il ne pût profiter de son regard sans artifice.

Des gens passaient dans le fond, le temps passait aussi et il pensait qu'"agréable" était sans doute le meilleur mot pour qualifier ce moment. Il souriait, un peu bêtement sans doute, en se disant qu'elle venait de rentrer dans sa vie. Il ne savait pas pour combien de temps, peut-être juste ces quelques minutes, ou jours, mais le fait qu'elle soit entrée lui faisait un bien fou, no matter how long.

No matter how long.

Une nouvelle personne, alors que trop longtemps, il aurait regardé par le judas, et serait reparti sur la pointe des pieds. Il savait que c'était ce dont il avait besoin, là, juste maintenant, et que pour une fois, il n'avait pas envie de retenir son souffle. Il savait qu'à cet instant précis, s'il ne s'était pas levé pour aller la rejoindre, il l'aurait regretté bien trop souvent. Il n'avait pas envie non plus de se tourner vers lui, de se demander encore une fois ce qu'elle pouvait bien penser de lui. Il garderait cela pour plus tard.



Disparue

Je ne la connaissais pas, je ne l'avais même jamais vue et lui prêtais mille visages quand il m'arrivait de penser à elle. J'étais son endroit, elle était mon envers. elle était aussi mon endroit et j'étais l'envers de l'étoffe qui éait notre lot commun et que, fil à fil, avec obstination, je tissais.
Un jour enfin, et pourquoi celui-là ? elle m'a fait ce cadeau, elle m'a fait cette grâce : je l'ai vue. elle avait le visage du manque et celui de l'absence et j'ai su que c'était elle et j'ai su que je l'.
Alors, de ses mains blondes, avec douceur, avec tendresse et avec fermeté, elle a déchiré le masque de dentelle noire qui collait à ma peau et me faisait un visage. Elle l'a emporté, m'a souri, puis m'a dit qu'elle voulait partir, qu'elle voulait aller, qu'il était temps, que maintenant j'allais pouvoir la détacher, défaire nos cordes, la laisser enfin vivre sa vie et vivre sa mort. Alors je l'a laissée. Je l'ai laissée partir, je l'ai laissée s'en aller, là ou elle voulait aller, là ou pourrait s'accomplir son destin, là ou j'avais choisi de l'ignorer, elle avait toujours voulu être et ou, finalement, elle avait toujours été.